Virtus verborum... quid ?

La Puissance des mots - « Virtus verborum » Agrandir l’image La Puissance des mots - « Virtus verborum »
Débats doctrinaux sur le pouvoir des incantations au Moyen Âge

Par Béatrice Delaurenti

Préface par Alain Boureau

Paru en : Août 2007

59,00 €- Disponible - 588 pages

Collection « Cerf Histoire »

   
 
 
 

|

Les mots ont-ils un pouvoir ? La question était en débat dans l’Europe médiévale. On s’est interrogé sur l’origine divine, démoniaque ou peut-être naturelle de la « virtus verborum », la puissance des mots, et en particulier sur le pouvoir des incantations. L’incantation pouvait-elle avoir une cause naturelle et, dans ce cas, était-elle une pratique licite ? Des théologiens, des philosophes, des médecins de renom ont soutenu l’idée d’une efficacité non démoniaque de la parole humaine, une efficacité naturelle. On trouve ainsi, dans les textes doctrinaux de l’époque scolastique, une ample matière pour reconstituer la naissance et l’histoire d’une interprétation des incantations que l’on pourrait dire naturaliste. La notion même de « virtus verborum » trouve une première formulation dans les années 1230-1270 par la voix du franciscain Roger Bacon ; celui-ci contredit l’interprétation théologique de l’incantation qui faisait la part belle aux pouvoirs des démons. De 1280 à 1348, la question du pouvoir des mots prend une tournure plus spécifiquement médicale, elle est portée par les réflexions des médecins Pietro d’Abano et Gentile da Foligno. Après 1350, le théologien et homme de science Nicole Oresme analyse la « virtus verborum » de façon résolument rationaliste ; il confère à l’interprétation naturaliste des incantations sa forme la plus étendue et la plus aboutie. Mais au début du XVe siècle, le chancelier Jean Gerson déclare son hostilité à l’encontre de la notion d’incantation naturelle et revient à l’interprétation démoniaque : le débat est clos. Les discussions sur la « virtus verborum » renaîtront plus tard, à l’époque moderne.

Les débats médiévaux sur les incantations représentent un moment à part dans l’histoire intellectuelle du Moyen Âge. Entre le début du XIIIe siècle et la fin du XIVe siècle, la réflexion sur la virtus verborum aura dessiné une parenthèse naturaliste au sein d’un contexte radicalement autre, celui d’une société préoccupée par les démons et leur possible intervention dans les affaires des hommes.

Collaboration : Alain Boureau

Dimensions : 235 x 145 x 30  - Poids : 750 grammes
ISBN : 978-2-204-08227-3  - SODIS : 8278641  - EAN : 9782204082273