Sortie de Parenthèse #12 : Panorama des ateliers d’écriture à Montréal

Dans notre numéro 8 (paru en juin 2011), nous avions tenté d’élaborer un panorama des ateliers d’écriture (AE) en France, à Paris plus précisément. Un regard porté par Réjane Peigny et Luna Litvak sur les successeurs d’Elisabeth Bing, d’Aleph, de Ciclop et autres acteurs du secteur des ateliers avait permis de dessiner des « portraits d’écoles » et d’appréhender les soubassements d’un milieu en pleine expansion, autant intellectuelle qu’économique. Ce dossier avait affiné quelques évidences et ébauché quelques comparaisons entre les pratiques et les avancements dans la réflexion sur les AEs entre la France et la Belgique.

Un prochain numéro de Parenthèse, en cours d’élaboration,tracera des points sur la carte de France (hors Paris) reliant des organisateurs, des animateurs, des formateurs, des écoles, des universités et des tendances dont certaines réflexions sur « l’apprentissage » de l’écriture sont en rupture par rapport aux principes existants.
Le « vieux » continent européen est l’étrier d’une pensée, d’une réflexion sur l’écriture, sur la lecture, sur l’accès et la formation de ces deux pratiques. De nombreux animateurs d’ateliers se forment ailleurs qu’en Belgique, le plus souvent en France. Or, quelques membres de Kalame revenus du Canada ces dernières années ont petit à petit pointé le fait qu’une approche différente des AE s’y précisait, s’y mouvait, s’y formulait. Le Canada et plus spécifiquement Montréal : extension d’un territoire américain gigantesque rempli d’universités monumentales dans lesquelles l’écriture s’apprend ou pays « filière » jumelé intellectuellement avec la France ? En fait, ni l’un ni l’autre. La technique des ateliers d’écriture est ancienne aux États-Unis, où elle s’appelle creative writing dans le cadre de writing workshops. Elle constitue un des points d’opposition culturelle entre ce pays et l’Europe — notamment la France —, où les écrivains ont, jusqu’à ces dernières années, toujours soutenu qu’on n’apprenait pas à écrire. Aux États-Unis (2), où le pragmatisme est de règle, on trouve dans tous les départements de littérature des ateliers d’écriture qui sont dirigés par des écrivains reconnus. Mais l’opposition culturelle se situe aussi dans les fondements qui sous-tendent le métier, différents en Angleterre ou au Japon (même si l’appellation en anglais est la même) ainsi que dans le monde francophone (France, Québec, Afrique). Souvent, quand on parle des ateliers d’écriture américains, la question qu’on pose est : peut-on réellement enseigner l’écriture ? Si l’on parle d’apprendre à utiliser son imagination, la réponse est non, bien sûr. Par contre, pour enseigner le style, il existe de réelles techniques. Hemingway, à Paris, avait bien pris des leçons d’écriture avec Gertrude Stein. Dans l’histoire, des lieux comme Paris, Prague, New York, San Francisco, ont déjà permis à des viviers d’étudiants de se lancer dans l’écriture à travers des cours et des masterclasses (1).

Ce numéro est consacré aux AEs à Montréal, d’où a rapidement surgi un tout autre point de vue par rapport aux écrivains et à la littérature (et à leurs ateliers) que celui qui a cours en Belgique et en France. L’apprentissage de l’écriture est considéré principalement comme une formation.

Vous découvrirez dans ce numéro les différents points de vue de professeurs d’université, d’école aussi, d’auteurs, d’écrivains et de formateurs. Le dossier, ordonné par thématiques plutôt que comme une succession portraits d’animateurs ou d’organisations, rédigé par Luna Litvak (membre très active de Kalame et envoyée spéciale à Montréal dans le cadre d’un projet soutenu par le BIJ (3) et Vincent Tholomé (auteur performeur et animateur d’ateliers d’écriture fréquemment invité au Canada), invite à circuler à travers les choix et les questions de ces animateurs rencontrés sur place.

Bon voyage.

Milady Renoir

pour Kalame

1 Voir un premier exemple d’université de l’écriture au Havre décrit dans cet article du Nouvel Observateur : http://tinyurl.com/9xpppp8

2 Aujourd’hui encore, aux États-Unis, les ateliers d’écriture donnent le ton, comme l’indique cet article de l’Express : http://tinyurl.com/8c4vsv3

3 Bureau International Jeunesse : www.lebij.be