Roland Barthes par Roland Barthes



Description :

Extrait :

"Roland Barthes par Roland Barthes est une autobiographie par fragments. Lorsque Denis Roche prend la direction, au Seuil, des Écrivains de toujours, vénérable collection riche de près d’une centaine d’ouvrages présentant les grandes figures littéraires du passé, son objectif est de l’ouvrir à la création contemporaine. C’est dans cet esprit qu’il propose à Barthes (1915-1980), auteur d’un Michelet (1954) dans cette même collection, d’y écrire un volume consacré... à lui-même. À sa sortie, le livre est vu comme un exercice ludique et une sorte de gag. Ce qui frappe d’abord le lecteur, c’est son aspect de pastiche. Des Écrivains de toujours, en effet, il copie la présentation, le format et surtout la forte présence de l’iconographie, dotée d’une valeur informative égale à celle du texte. C’est sur un petit album de photographies, assorties de commentaires, que s’ouvre l’ouvrage. Cette introduction en images peut laisser penser que le livre sera tout entier voué à l’évocation nostalgique du passé. En fait, dès que le texte commence, cette dimension exclusivement rétrospective disparaît. Roland Barthes par Roland Barthes, en effet, n’est pas une autobiographie, c’est un roman, mais un roman dont on aurait supprimé l’intrigue, le décor et les personnages — à l’exception du narrateur – pour n’en garder que l’essence : ce que Barthes nomme le « romanesque », soit « un mode de notation, d’investissement, d’intérêt au réel quotidien, aux personnes, à tout ce qui se passe dans la vie ». Celui qui dit « je » n’est pas Barthes ou du moins ne l’est qu’en partie (l’auteur se désigne d’ailleurs par d’autres pronoms, le « il » ou le « vous », ou par ses initiales R.B.). C’est un personnage de fiction qui s’étonne, s’interroge, commente, critique, définit, se souvient, analyse ou juge, tout au long d’un monologue intérieur ou d’un journal intime traversé de rêveries et d’obsessions. « L’effort vital de ce livre est de mettre en scène un imaginaire », dit Barthes. L’imaginaire de l’intellect qui fait l’objet de ses investigations au gré de quelques thèmes dominants : le langage, l’écriture, l’idéologie, le politique, l’inconscient mais aussi le corps, le désir, la sensualité ou la répulsion."

« J’ai l’illusion de croire qu’en brisant mon discours, je cesse de discourir imaginairement sur moi-même, j’atténue le risque de transcendance ; mais comme le fragment (le haïku, la maxime, la pensée, le bout de journal) est finalement un genre rhétorique et que la rhétorique est cette couche-là du langage qui s’offre le mieux à l’interprétation, en croyant me disperser, je ne fais que regagner sagement le lit de l’imaginaire. »