Régine Barat ou le plaisir de lire

Qui es-tu Régine ?
Institutrice de formation, j’ai tout de suite adhéré au mouvement Freinet et aux méthodes actives. Je me suis imprégnée de toutes les recherches à propos de la lecture et de la littérature. J’ai été formée par l’équipe de Foucambert, au sein d’une classe expérimentale développant le concept de la lecture fonctionnelle (la lecture au quotidien). Résidente belge depuis près d’une trentaine d’années, Je vis, travaille, m’épanouis à Waterloo, commune d’accueil. Je suis née à Casablanca (Maroc) et suis de nationalité française, j’ai trois grands enfants et un mari.

Y a-t-il des personnes qui t’ont infl uencée dans ton parcours ?
Effectivement. Je peux citer plusieurs noms : le pédagogue Freinet, Maria Montessori, Laurence Lentin (chercheuse en linguistique), Foucambert (chercheur en lecture ayant fondé l’association française pour la lecture), Christian Poslaniec, ou encore Gianni Rodari, Yak Rivais, Marie-Aude Murail, Suzie Morgenstern, Moka, Pef, Pierre Coran, Évelyne Wilwerth, Bruno Hourst, Thiagi (Américain formateur en jeux de cadres), Philippe Meirieu, Lucie Spède (poétesse belge), Catherine Metzmeyer, Monique Dejaifve (éditrice chez Casterman) qui m’ont influencée par leurs écrits mais aussi, pour certains, par leur rencontre. Toutes ces personnes merveilleuses, et j’en oublie sûrement, m’ont permis de construire mes connaissances et développer ma passion.

D’animatrice à l’écriture : comment en es-tu arrivée à écrire et à être publiée ?
J’écrivais pour Averbode sous l’impulsion de Catherine Metzmeyer et Christiane Thiry, rédactrice de la revue Bonjour qui m’a demandé d’écrire des doubles pages pour faire découvrir le plaisir de lire avec des thèmes précis, je rédigeais en même temps pour eux des recensions de titres de livres. En parallèle, je commençais à écrire avec mon équipe de bénévoles : le Crokalire afi n d’informer un public intéressé par des nouveautés, par la découverte de maisons d’éditions, d’auteurs et certaines actions autour du livre. Au fur et à mesure nous y avons ajouté des articles de fond sur des thématiques ou des actions qui se sont passées. L’objectif de la revue est de recenser des livres qui peuvent servir à l’enfant et à l’adolescent pour développer son envie de découvrir et de lire. Nous visons aussi un public de professionnels avec les pistes d’exploitation et les thèmes. Nous essayons aussi d’avoir un avis motivé sur chaque livre.Les couvertures agrémentent le côté esthétique mais surtout permettent de visualiser et de s’imprégner du livre. L’âge donné est celui de l’exploitation du livre mais il peut être lu plutôt par l’adulte. Pendant 3 ans, j’ai aussi rédigé le Petit Crokalire, en collaboration avec l’ONE mais faute de temps, j’ai dû arrêter cette revue.

Déjà trois ouvrages et un quatrième en gestation… Peux-tu nous parler de ces créations ?
En créant un atelier pour des tout-petits et en faisant des recherches pour trouver des activités reliant lecture et bricolage, je n’ai rien trouvé. J’en ai donc inventé. Monique Dejaifve, éditrice aux éditions Casterman m’a proposé de les mettre sur papier et de réaliser un ouvrage ludo-pédagogique. C’est ainsi qu’est né le premier ouvrage, paru en 2007, chez Casterman et qui s’intitule Le grand livre des tout-petits. Il rassemble en un ouvrage une série de jeux et d’activités créatives pour développer les cinq sens, l’imaginaire et la curiosité de ces explorateurs de 12 mois à 4 ans. Livre difficile à ranger en librairie et en bibliothèque et qui se retrouve souvent dans les rayonnages de bricolage. Lors d’un repas à la Foire du livre avec mon ami Pef, qui venait d’être grand-père, je lui ai parlé timidement de l’écriture de cet ouvrage et il m’a proposé d’illustrer l’ouvrage avec tout l’humour qu’on lui connaît. Ce cadeau était merveilleux pour mon premier livre.
Au salon du livre de jeunesse de Namur en 2009, je dînais avec Suzie Morgenstern, rédactrice de plusieurs agendas chez La Martinière, qui me proposa d’écrire quelques activités sur la lecture qu’elle présenterait à l’éditrice pour réaliser l’Agenda du lecteur. En janvier 2010, j’ai donc commencé la rédaction de cet agenda avec l’aval de l’éditrice. Six mois d’écriture intense et passionnante durant lesquelles j’ai effectué de nombreuses recherches qui m’ont permis de découvrir que le monde de la littérature de jeunesse est riche et complexe. Je passais beaucoup de temps à rechercher la défi nition d’un mot, le développement d’une idée. Début 2011, voit donc la publication de L’agenda du lecteur curieux chez de la Martinière jeunesse, un véritable hommage à la lecture dont l’objectif est de montrer que la lecture ne se limite pas à savoir lire le
texte. De nombreuses activités y sont présentées pour découvrir ce qui touche le paratexte, des auteurs, des maisons d’éditions, collections, genre, format et aussi pour développer des comportements de lecteurs qui savent orienter leurs questions vers une recherche pertinente en librairie. Cet agenda perpétuel, qu’on pourrait qualifier d’almanach de la lecture, comporte une foule d’illustrations de Pef qui a poursuivi sa collaboration toujours intéressé par le sujet. Je l’ai réalisé aussi pour qu’il devienne un outil pour les professionnels qui y trouveront une caverne d’Ali Baba de trucs et astuces pour faire découvrir la lecture-plaisir. J’ai d’ailleurs réalisé un dossier pédagogique qui accompagne ce livre que vous pouvez me demander. Avec le troisième ouvrage paru en automne 2011, Lecture en vie, envie de lecture, publié chez Chronique sociale, avec comme sous-titre : « Guide pour que lire rime avec plaisir », je termine une trilogie. Un livre pour aider les adultes qui accompagnent les enfants à retrouver un certains plaisir de lire en famille lors des activités quotidiennes. Lors du salon du livre de jeunesse de Namur 2010, j’ai rencontré mon nouvel éditeur, André Soutrenon, à qui j’ai proposé l’idée. L’importance du plaisir de lire démontre, par des activités se déroulant dans le quotidien, comment on peut inciter l’enfant à découvrir l’utilité de la lecture et le plaisir de lire en toutes occasions, y compris les livres de littérature. J’ai obtenu la collaboration de Marie de Salle pour les illustrations. Ensemble nous avons créé Tim un petit personnage qui accompagne la famille, enfants et adultes tout le long de l’ouvrage et on aimerait bien que Tim ait une autre vie.

Et sur ton IPAD, lecture rime-t-elle avec plaisir ? Que penses-tu de la lecture sur les nouveaux supports ?
Je pense que les livres numériques ont une place à côté des autres. La tablette va devenir un médiateur performant pour réconcilier enfants, jeunes et la lecture. Reste
aux médiateurs d’apporter le livre papier en parallèle ; ce n’est pas la mort du livre mais une renaissance pour le livre papier.

Peux-tu nous parler de la création de Contalyre et de la Boutique des mots à Waterloo ?
La Boutique des mots est la bibliothèque de l’association où enfants, professionnels
viennent se ressourcer avec diverses activités, formations, stages… et où se déroule le comité lecture. C’est un lieu de vie du livre. J’ai commencé par faire de l’animation dans l’école de ma fi lle car il n’y avait pas de livres et j’y ai créé une bibliothèque. Dans un même temps, j’ai commencé à raconter dans une librairie à Waterloo en échange de quelques livres. Puis j’ai eu l’idée de créer une association en novembre 1992, car nous n’avions pas de statut. Contalyre (mot associant lecture et musique des mots) est née chez moi dans une pièce de 3 mètres sur 3 avec mes premières activités. Puis ce fut la création du 1er club de lecture « Les amis du livre », se déroulant à la défunte librairie Évasion. L’envie de partager mon expérience était forte, alors j’ai donné une formation dans cette librairie qui a eu un beau succès. Christiane Gérard, qui y participait, est toujours à l’association.Ce fut aussi le début d’un petit comité de réfl exion pour rédiger le Crokalire mais aussi pour inventer des activités de lecture. De formation en formation, des personnes motivées sont venues rejoindre l’association et animer les nombreuses activités : pour la petite enfance jusqu’aux adolescents : ateliers d’écriture, les Biblutins : activités petits 3-5 ans. ; Les P’tits amis du livre pour les 9 mois à 3 ans avec parents, les stages pendant les vacances, animations dans les écoles, les salons, dans les homes pour enfants du juge… Nous collaborons avec la Cellule Culture-Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles : « Lisnous une histoire », « La Bataille des livres », défi international francophone (6 autres pays y participent) de lectures de romans et d’albums de la 3e à la 6e primaire
La Fédération Wallonie-Bruxelles soutient l’entrée du Rwanda dans ce projet et aussi l’ONE.

Une bibliothèque au Rwanda : ta passion pour les enfants et la lecture t’ont amenée à un projet d’une belle importance. Comment est né ce projet de création de bibliothèque ?
En 2009, la directrice de l’école africaine Ahazaza est venue à la Boutique des Mots chercher des titres de livres, elle est partie avec les livres. Ce fut une rencontre déterminante pour moi et qui a donné un autre sens au côté militant du plaisir de lire qui m’anime. Pendant deux ans, j’ai récupéré avec mon équipe des fonds et des livres que j’ai envoyés au Rwanda. En novembre 2010 lors d’un projet, j’ai eu envie d’aller sur place et le rêve est devenu réalité afin de monter une bibliothèque qui contient notamment des livres offerts par la Fédération Wallonie-Bruxelles et une ludothèque. Trois autres amis ont fait partie de ce merveilleux voyage. J’ai ainsi vécu un mois et demi là-bas pour créer cette bibliothèque-ludothèque qui porte le nom de « L’oiseau Ludolyre ». J’ai aussi réalisé des animations avec les enfants et des formations pour les enseignants. 3000 livres sont déjà encodés.Un autre container est
arrivé et a été encodé par les enseignants ayant suivi la formation et disposant d’un ordinateur. J’en profi te pour remercier tous ceux qui nous ont soutenus.

Peux-tu nous dévoiler quelques projets pour les années futures ? Un roman…
En tant qu’auteure, j’aimerais écrire de la fiction. J’ai de nombreux manuscrits dans mes armoires et j’aimerais aussi terminer la suite du Grand livre des toutpetits sur lequel j’ai déjà beaucoup travaillé et je cherche un éditeur pour publier celui-ci.
Un autre projet aussi qui me tient à coeur est de retourner au Rwanda et d’écrire un roman retraçant mon expérience. En outre, il y a aussi la coordination des activités du prochain salon du livre de jeunesse de Namur et les 20 ans de Contalyre ponctués d’activités lecture, d’invitations d’auteurs dont un projet dans les écoles de la commune de Waterloo : De la tablette à la tablette sur la chaîne du livre et le plaisir de lire, qui sera suivi d’une collaboration pour les « Petites nuits d’encre » ainsi que trois projets intergénérationnels :Waterloo, Braine-le-Château avec « Lire au château » et « Lis-nous une histoire » en collaboration avec la cellule cultureenseignement (projet qui reprend et qui nous a été confié pour le Brabant wallon).
N’hésitez pas à contacter Régine Barat pour toute idée, information sur le plaisir de lire, pour une activité, une formation dans votre bibliothèque. Elle envisage plusieurs conférences et formations autour de ses ouvrages. Vous pouvez aussi venir rencontrer Régine Barat et visiter la Boutique des mots sur rendez-vous.

Infos :
Régine Barat, Association Contalyre et la Boutique des mots.
Site : www.contalyre.be ; méls : contalyre@hotmail.com ;barat.regine@gmail.com
Blog : regineb.canalblog.com
Projets avec la Fédération Wallonie-Bruxelles : www.culture-enseignement.be
http://reseau-kalame.be/_Regine-Barat-Servenay_

par Isabelle DECUYPER
attachée au Service général
des Lettres et du Livre

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