Parenthèse #05 : L’écriture de soi en atelier

Edito de Réjane Peigny

"Un des critères qui permettent de distinguer les ateliers d’écriture tient à « ce qui y est raconté » : récit de vie ou fiction/poésie ? Les participants opèrent leur choix en fonction de leur réponse à des questions assez élémentaires : ai-je décidé d’écrire sur moi, ou non ?
Est-ce que je cherche à « exprimer le monde » ou à « m’exprimer » ?
Et c’est en fonction de ces objectifs (faire écrire, ou faire s’écrire) que l’animateur construit ses consignes, prépare ses retours et commentaires. Ceux-ci, dans les deux cas, porteront toujours sur le texte, sur l’écriture, la formulation (1). Ce qui change c’est que, dans le cas de l’écriture de action/poésie, les participants — à la fois auteurs-lecteurs-auditeurs — considèrent, par convention explicite, les personnages comme de pure invention, et ne vérifient pas si ce qui est raconté est plus ou moins issu d’un vécu ; alors que dans le cas d’écriture de soi, chacun sait qu’il est là pour partager un texte qui parle de lui.

Nous voyons comment, au-delà d’une apparente simplicité, les questions déjà se complexifient. Car nous créons tous à partir de nous, sommes présents dans nos oeuvres de !ction/poésie ; d’une manière ou d’une autre, plus ou moins distanciée, mais nous y mettons notre patte. Or, une (auto)biographie, un récit de vie même objectivé reste un témoignage singulier. Autrement dit, la frontière entre le réel et l’imaginaire est floue et mouvante ; et qu’il parle ou non de lui, l’auteur ne se départit pas d’un regard particulier.

Comment et pourquoi distinguer biographie et action/poésie ?
Comment accompagner un travail d’écriture aussi intime ?

En quoi le groupe agit-il ? Comment la forme y-est-elle travaillée ?
Pourquoi entamer une telle démarche d’écriture, voire de publication ?
Pour briser les nombreux clichés et a priori et pour illustrer la diversité des approches, nous avons posé ces questions à trois praticiens ayant construit, sur ce type de réflexions, leurs outils personnels d’animation.
Annemarie Trekker s’appuie sur ses activités de sociologue mais aussi d’auteure, d’animatrice, d’éditrice au sein de l’association Traces de vie, pour circonscrire le secteur : son article définit sa pratique et la situe dans son évolution au sein des sciences humaines et de la littérature.

Marie-Eve Palin expose son parcours à travers le récit de son expérience, tandis qu’Adrienne Nizet referme ce dossier avec un entretien-portrait de Daniel Simon, auteur, animateur, formateur et directeur de la collection et de la revue Je.
Chacun-e, nous l’espérons, pourra, au carrefour de ce triple regard, se faire une image plus nette de cette écriture très pratiquée ; avant de se pencher, dans le prochain numéro, sur les écritures collectives, professionnelles, et les récits d’expériences en ateliers.

(1) Kalame fédère en effet des animateurs qui doivent être praticiens de l’écriture pour adhérer au réseau, et qui mettent l’écriture au centre de leurs ateliers. Cette pratique diffère de certains ateliers de récit de vie où l’écriture n’est qu’un des moyens d’accès — comme l’oralité, l’expression — à un récit dont la forme importe moins que ce qu’elle révèle."

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"Parenthèse"

Le numéro 5 (ainsi que les numéros 1, 2, 3, 4) est à présent téléchargeable gratuitement en format pdf - (voir document ci-joint).

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