Lire, écrire



Description :
extraits sur l’écriture : PW relate une séance de pêche au phoque où il s’agot de se dissimuler, couché, et d’attendre le phoque… :
Extrait :
" J’attends. Nulle pensée. L’eau, l’air, le ciel. Murmures confus. Tout vient à moi. (…) Je garde un souvenir intense de ces heures. Couché, absent de moi-même, chasseur chassé, piégé par l’instant que je tentais de piéger. (…) La méditation n’est qu’un comportement, une attitude physique qui précède toute action importante… L’attente avant l’action n’est pas contrôlée par la volonté consciente. (…) C’est une sorte de béance. Une sorte d’ouverture de l’être entier à l’afflux des signes. Attitude physique brute qui me semble précéder le langage. Pendant que j’étais étendu sur le banc de sable, rien de ce qui venait à moi n’était nommé. Plus trad, parfois des années après, les chants et les lumières informulés du monde se métamorphoseront en écriture..."
"Ecrire est un acte mû par le désir, la peur, l’inquiétude, la joie, la colère ou par la nostalgie de l’horizon … Ecrire c’est aussi nommer. Acte de foi toujours déçu. L’horizon espéré n’est jamais atteint, ni même approché et ce que nous croyons prendre s’évanouit au moment où nous le nommons. Si les illusions n’étaient pas increvables, on n’écrirait plus. Donc, acte de foi déçu, voyage inutile. Un voyage ne s’analyse pas, ne se démontre pas. Il se raconte."
"Le poète est seul (…) Et ce qu’il ressent, il le dit à un homme solitaire, son lecteur inconnu qui en reçoit seul la confidence – modeste ou immense – pour y répondre tout bas en lui-même. C’est dans ces œuvres-là que l’écriture acquiert sa fonction la plus sacrée et la plus belle. L’œuvre se donne et n’attend rien en échange de ce qu’elle apporte : rien et tout. Elle n’est au service de personne. Elle ne sert à rien. Elle donne. Merveilleuse musique, solitude effrayante mais exquise…"
"Il n’y a pas deux actes : concevoir et écrire, il n’y en a qu’un."
" Il serait redoutable et merveilleux que le poète tombe d’un filin d’acier s’il ratait son livre. On saurait à quoi s’en tenir. Mais cela ne durerait pas longtemps. Les mauvais poètes travailleraient avec filet et tomberaient mollement en faisant des grâces. Mais la poésie n’est pas manichéenne comme le cirque, qui ne connaît que l’altervantive de la perfection ou de la mort. Le danger d’écrire est infiniment plus complexe. Le danger peut venir de l’extérieur, par exemple sous les dictatures (…) La véritable menace vient de l’intérieur. Le poète est seul devant la page, traduit devant son propre tribunal. Ses jurés se nomment incertitude, angoisse, nuit blanche, peur. Rarement, très rarement : joie. L’acte d’écrire est dangereux parce qu’il fait douter de soi. Ce n’est pas la page blanche qui donne le vertige, c’est la page noircie, souillée de mots. Un mauvais vertige qui se change en morne désespoir quand on se relit. L’effort est immense. Les plus grands écrivains y ont sacrifié leur vie. Balzac et Proust ont succombé au travail. Kleist, Nerval et Artaud se sont suicidés. D’autres se sont systématiquement détruits comme Rimbaud, d’autres enfin, tel Max Elskamp, se sont trop approchés des frontières et y ont perdu la raison. Certains pourtant, et les plus illustres, sont morts glorieux. On leur en veut un peu du sourire satisfait qu’arbore leur masque. Goethe, par exemple, donne procuration à Werther, qui se suicide à sa place, et à Faust qui signe pour lui un pacte avec le Diable…"
"Le combat, si courageux ou intelligent soit-il, ne sucite pas nécéssairement des œuvres de qualité. Héros d’une cause, des écrivains furent fusillés, mais certains écrivaient de mauvais poèmes. Comme il y a eu de grands poètes parmi les traitres"
Sur la lecture : outre un beau passage sur les habitudes de lecteurs :
"E n lisant ce texte, j’ai été soulevé par une vague, celle qui nous porte quand nous lisons un texte qui révèle un des secrets du monde … parfois l’exlatation n’est pas d’effroi mais de très pur plaisir … Les étapes de la phrase et ses articulations, la précision, la respiration exquise de ce texte rythmé par une ponctuation raffinée suscitent en moi le ravissement. Ici, la pensée n’a pas cherché sa forme. La pensée est la forme et la forme est la pensée. "
" Pour avoir accès à ce texte, il faut avoir bu soi-même aux sources de la littérature qui l’inspire. Il ne s’agit pas d’une connaissance intellectuelle, d’une mémoire d’érudition, mais d’une longue fréquentation de cette littérature"