Les secrets d’écrivain de Mario Vargas Llosa

Qu’est-ce qu’un bon roman selon vous ?
Pour moi, la création littéraire est irrationnelle. Et la lecture doit l’être aussi. Un roman doit m’envoûter plutôt que tenter de me faire réfléchir. C’est ce que j’aime lire, et ce que j’aimerais écrire. La réflexion est inévitable, mais elle doit s’estomper dans l’action. Les histoires doivent séduire par leurs couleurs, les émotions qu’elles inspirent et tout le mystère qu’elles peuvent créer. Pour moi, la technique essentielle du roman est de diminuer voire abolir la distance entre le récit et les lecteurs.

Quel est votre rapport à l’humour ?
Auparavant, j’étais « allergique » à l’humour car je pensais à tort que la littérature sérieuse ne souriait jamais. Je pensais qu’un petit peu de comédie desservirait un propos social, politique ou culturel car le lecteur prendrait mon texte pour un divertissement. Un jour, j’ai découvert que l’humour pouvait être très précieux pour exprimer une certaine partie de la vie. C’est un élément fondamental de notre existence, donc de la littérature.

Comment débutez-vous vos textes ?
Cela ressemble d’abord à un rêve éveillé. C’est une rumination à propos d’une personnes, d’une situation, de quelque chose qui occupe mon esprit. Je commence alors à prendre des notes, à écrire des séquences narratives. Puis j’écris un plan général de l’intrigue, que je change complètement au fur et à mesure mais qui me permet de débuter. Vient enfin le moment de se lancer, sans aucun souci de style. Ecriture et réécriture s’enchaînent…

Réécrivez-vous beaucoup vos textes ?
Quand je termine mon brouillon, le récit est un véritable chaos. Mais mon roman est là, caché derrière des scènes superficielles et des éléments inutiles. Il faut alors procéder à un véritable nettoyage, qui est pour moi la partie la plus agréable du travail. A partir de ce moment, anxiété et tension me quittent. J’adore la réécriture et la correction, qui demandent beaucoup de créativité. En fait, je ne sais jamais quand je terminerai une histoire.

Etes-vous du genre obsessionnel avec vos textes ?
Oui ! Vient un moment où l’histoire devient si vivante, si importante, que tout ce que je vis existe seulement par rapport à ce que j’écris. Tout ce que j’entends, vois et lis m’aident. Je deviens un véritable mangeur de réalité. Pour atteindre ce stade, je dois beaucoup travailler. Ce pourquoi j’ai une routine très précise qui s’apparente à un effort constant. Mais effectivement, je deviens obsessionnel !

(Source : The Paris Review)

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