"Les coulisses de l’écriture des jeunes"

Avec Isabelle Baldacchino, nous avons participé et représenté le Réseau Kalame au 9ème colloque international AICLEJ-Lignes d’écritures autour de l’écriture des jeunes. Cela se tenait les 13 et 14 novembre derniers à la Maison des Sciences de l’Homme à Saint-Denis Paris Nord.

L’ACLEJ est l’Association des Chercheurs sur les Littératures d’Enfance et de Jeunesse. Lignes d’écriture, qui co-organisait cet événement, se définit comme un Réseau international « poésie et des pratiques culturelles auprès des jeunes et adultes en écriture et oralité » et a son siège à Amiens. La poésie avait donc une place de choix parmi les pratiques d’écriture jeunes relatées lors de ce colloque.

Une vingtaine de participants. Deux journées durant lesquelles les orateurs ont parlé aux orateurs. Les dits orateurs étaient soit des animateurs d’ateliers d’écriture (en France dites écrivain-auteur), soit des universitaires qui prennent les ateliers d’écriture pour objet d’étude, soit des poètes qui rencontrent parfois leurs publics, en tirent des enseignements et emmêlent les pinceaux de leur agenda. Du monde français mais pas que… du monde sympa… des pratiques qui s’échangent, des convictions communes que la poésie a sa place dans la société et dans l’écriture jeunesse, même si nous avons tous convenu que la rencontre manquait d’enseignants primaires ou secondaires.

Parlant d’écriture jeunesse, s’est bien sûr posée la question de l’école et de la manière d’y faire entrer une écriture libérée de ses codes et normes. Qu’instaurer entre l’enseignant, les élèves et l’écrivain (ou le texte) (ou l’animateur d’atelier d’écriture) ? Notre intervention étant programmée tout à la fin du colloque, nous en avons profité de l’éclairage nouveau que pouvait apporter Isabelle Baldacchino qui a une pratique d’ateliers d’écriture à la fois en tant qu’enseignante et en tant qu’auteure-animatrice extérieure. Par deux exemples de pratiques, nous avons également questionné la manière dont un projet d’écriture en cadre scolaire pouvait avoir un effet mobilisateur « dans la cité », en dehors du cadre scolaire ou des publics directement liés à l’école (parents, familles, personnel scolaire).

Parlant d’écriture jeunesse s’est aussi posée la question de la place de l’écriture face à « l’illettrisme » de beaucoup de jeunes (notamment de milieux défavorisés mais pas que) par rapport à la culture, à l’art, au sensoriel, à l’imaginaire et à l’effort (« Tu vas pas me faire écrire ! Faut pas rêver ! »). Différentes pratiques relatées pour dire non à la fatalité, qui ont amené des jeunes à reconnaître leurs propres capacités, qui misent sur l’action poétique.

Quelques petites choses me restent dans le fond de l’oreille :

=> la place de l’écoute et de l’oralité dans un atelier d’écriture (écoute de textes d’auteur – mastication et mise en bouche de ses propres textes – jusqu’à l’enregistrement audio des textes (ou fragments) écrits en atelier).

=> La bibliothèque comme lieu de production de textes

=> Le travail à découvrir et multiple des maisons de poésie en France, notamment celle de Tinqueux, qui a mis en place dans sa ville un passeport culturel accompagnant l’enfant depuis sa naissance (carnet à compléter, atelier artistique chaque année à l’école, abonnement gratuit à une revue poétique)

Il s’avère au final que la lecture et la mise en place d’ateliers poétiques au sein des écoles amènent les enfants à s’interroger sur leur identité à travers la distance de la création et du livre. Pour citer Dominique Sampiero, poète, l’acte d’écrire est un acte de transformation de l’espace (intime et personnel).

Anne Versailles, membre du réseau Kalame et de son conseil d’administration – décembre 2014