La semaine de... Rony Demaeseneer (5/6)

VENDREDI

 

A propos de W. C. Williams, lecture matinale. Pré-préface du livre I débutant par les deux points ( : ), annonce déjà d’une prosodie visuelle, dynamique, engageante, et chargée de sens. Préface à Paterson , paru en cinq livraisons de 1946 à 1958, renoncement à l’individuel. Publication française chez Corti (2005), nouvelle traduction d’Yves di Manno. Oui ! Renoncement à l’individuel. Désobéissance à nouveau de l’individu à l’individu lui-même. Forcément, le corps y trouvera forme, l’individu faisant l’effort de « se désobéir », à sa vacuité (corps : vocabulaire s’y rapportant à chaque page, visage, nain bossu - gibbosité – mains, ventre vespéral). Non pas le petit effort singulier, mesquin, du petit Williams confronté à la petite bourgade natale.

Prôner l’imperfection, c’est chercher la fissure, la faille, l’encoche. Tourner autour du puits, y pencher le corps (p. 149 sous-sol, puits artésien au laminoir du PASSAIC, Paterson). En géologue amateur, W. interroge la flexure , les strates : grès rouge, fin ; grès rouge, grossier ; grès rouge, un peu de schiste ; etc. Toutes les carottes renseignent sur le terrain du puits natal, du gouffre originel, bien au-delà de sa seule expérience d’enfant de la terre. Prodigieux d’universalité. Tentative de toucher le fonds, « quand l’eau reflue beaucoup de choses deviennent informes ». Forme de la béance.

Symptomatique travail sur la forme du texte, volontairement décentrée ; a-rythmie insistant sur les dysfonctionnements corporels entrevus. Syntaxe désaxée, typographie caduque explosive, caducée du docteur Williams ! Diagnostic précis du médecin-écrivain, à l’image de Céline, (mouvements flexueux du corps des danseuses, entrechats suspendus par les trois points (…), désarticulation syntaxique, etc.), tout identique au poète du New Jersey. A-t-il lu son confrère Destouches ? Possible. Tous deux autopsiant main dans la main les vestiges de chaque saison anatomique. Paire dans l’unité des soins intensifs quotidiens opérant entre deux autres de leurs confrères : Gottfried Benn (dermatologue expressionniste, c’est plus vicieux encore – non-urgentiste travaillant en profondeur) et Victor Segalen (médecin de marine - la mer quand même les réunit, Céline aussi, vérifier pour Benn – Segalen plus zen, plus oriental d’une certaine façon).

 

Chapitre premier du livre III, La bibliothèque , - en flammes // corps, bûcher (cf. Char, L a bibliothèque est en feu , 1956, dédicacé à George Braque).

 

Williams :

 

 

« La bibliothèque est bâillonnée, morte

Les morts pitoyables

dans le feu nous rappellent, glacés dans

leur feu, en nous implorant – de les frictionner

de les réchauffer

eux qui ont écrit des livres »

 

Char plus nuancé :

 

« Livres sans mouvement. Mais livres qui s’introduisent avec

souplesse dans nos jours, y poussent une plainte, ouvrent des bals »

 

Sur ce coup-là, plus grande proximité avec Char. Les livres ont encore le pouvoir d’ouvrir le bal. Aujourd’hui, émeutes partout, mais les livres…encore.