La semaine de... Rony Demaeseneer (4/6)

JEUDI

"L’interrogation de la bibliothèque comme fonction centrale de la littérature réinvestissant ce qui la fonde : culture du livre. Nouvel angle dans Ecrire la bibliothèque aujourd’hui , 2007 ed. du Cercle de la Librairie. Préface de Christian Delporte sur l’écrivain et sa bibliothèque. Encore et toujours Borges : « Ordonner une bibliothèque est une façon silencieuse d’exercer l’art de la critique ». Référentielle la littérature !

En regard, je combine à l’exploration de cet ouvrage, la lecture en zigzague du livre de Vila-Matas, Journal volubile . Serais curieux de voir la bibliothèque de l’auteur espagnol. Encore la présence infinie, in fine , de Kafka qui martèle chaque page – presque emprisonnante. Exercice qui me plaît de babiller , de musarder à travers quelques pages, d’une page à l’autre, d’un livre l’autre. Plaisir extrême parfois trop jubilatoire, donc la déambulation se fait à petite dose. Sans arrogance même si pour certains amis, il semble que cette attitude puisse relever de l’élitisme. Vila-Matas parle de Barthes et de la décomposition méticuleuse de la cérémonie du thé. De là, départ vers l’amitié à laquelle il décide d’appliquer la méthode barthienne. Méthode qui sert à beaucoup de choses, de théorisations de nos jours. Rendez-vous avec son ami napolitain à Prague (remarquons le retour vers Kafka), visite d’une église, redirige son propos évidemment fragmentaire vers les églises pragoises (avec U entre le G et le O, jamais su vraiment !), la foule des touristes, la société de consommation, Kafka en enseigne de pub. Question : Que penserait Kafka de tout cela ? Quel était son rapport à l’argent ? Petite dissertation et ça repart vers le chronologique. Vila-Matas cherche à savoir ce qu’écrivait Kafka en date du mardi 14 novembre d’une autre année. Ouverture du journal de l’auteur pragois. Le 14 novembre 1911 tombait aussi un mardi. Il suffit de cette banale coïncidence pour que la machine Matas soit réactivée. Roue à aube littéraire sans fin.

Être là partout où ça grince. Comme si les pages frottées les unes aux autres pouvaient émettre un bruit, un grincement d’ouverture. Une fissure née du grincement des pages. On ne lit plus les livres, on écoute leurs grincements. Ne plus lire les livres mais les écouter, les sentir, les toucher : version ultime de la littérature en fragments – en fragrance.

Je fais le test avec Les fruits du hasard de Mauriès. Premier livre qui me tombe sous les doigts, à droite de l’ordinateur sur lequel je tape ces mots. L’ouvrage de Patrick Mauriès, pris au hasard, est une belle coïncidence. Dans le style fragmentaire, on fait difficilement mieux. J’écoute le frottement des pages 25 et 26. Beau son ! Je lis au hasard, au milieu de cette même page, « j’en reviens à mon propos au misérable miracle de ces coïncidences, de ces imprévisibles retrouvailles que je ne peux réduire à une poignée d’impondérables ». Cabinet de curieuses coïncidences (je viens de retranscrire cette phrase tirée du livre de Mauriès d’une seule main, la droite pianotant sur le clavier pendant que la gauche tenait l’exemplaire ouvert)."