La semaine de... Rony Demaeseneer (1/6)

" Feuillets d’une désobéissance… et autres signets bibliographiques…

Bibliothèques, livres et corps ! Un triangle forcément scalène qui peut rythmer une vie, une seule, la mienne pourquoi pas. Pour un bibliothécaire-auteur, il était presque évident de questionner, l’espace d’une semaine, la littérature, l’écriture et peut-être d’entamer une désintoxication. Qui sait ? On trouvera donc de tout, surtout des riens ! Des fragments de papiers collés comme ceux de l’ami Perros, des signets échographiques, des notes marginales, des soupirs, des étincelles. Qu’importe en fin de compte puisque tout est affaire de décor/changer de lit/changer de corps

« La bêtise n’est pas mon fort. J’ai vu beaucoup d’individus ; j’ai visité quelques nations ; j’ai pris ma part d’entreprises diverses sans les aimer ; j’ai mangé presque tous les jours ; j’ai touché à des femmes. Je revois maintenant quelques centaines de visages, deux ou trois grands spectacles, et peut-être la substance de vingt livres. Je n’ai pas retenu le meilleur ni le pire de ces choses : est resté ce qui l’a pu. »

Monsieur Teste , Paul Valéry

LUNDI

Pour désobéir, il faut avoir obéi. Précédemment. Désobéir aux injonctions du corps. Aujourd’hui. Pleine révolution elliptique, giration complète. Mouvement massif du corps étranger à soi. Enté ! Le retrouver, le mettre à l’épreuve, le soumettre à la nouvelle station. Le redécouvrir. Le placer en garde à vue, l’ausculter. Lui faire rendre gorge, et lui intimer de payer. Lui signifier enfin son licenciement ; lui, le rebelle en cessation d’addiction. La greffe prendra-t-elle ?

Lu trois phrases du Cap Cod de Thoreau, Ed. de l’Imprimerie Nationale, trad. de Pétillon, 2000, feutre noir en guise de signet, p.37, « Pourquoi je n’écrirais pas un livre sur le Cap Cod » ; interrogation ? et moi, pourquoi pas ? sur les morues, Tycho Brahé, sur Vésale, sur Douarnenez, un essai aussi sur La Mer de Michelet, sur Le Miroir de la Mer de Conrad, trad. de Georges Jean-Aubry de 46, beau texte de Conrad que je n’ai jamais su lire en entier parce qu’il me donne trop l’envie d’être en mer – aujourd’hui annonce d’une tempête cisaillante au large de Brest, pensée pour le Fromveur, les Malgorn sur Ouessant, en passe d’Iroise, et les abeilles – ; texte de Conrad autobiographique, arpenteur né Korzeniowski et qui voyagea à Java, comme moi, à Bruxelles, comme moi, qui mettra un terme à sa carrière maritime à Rouen en 1893, moi je suis un marin en escale perpétuelle ! La Folie Almayer , encore à découvrir. Note de l’auteur en guise de préface ; une étude sur l’art de la préface, ne plus lire que les préfaces, les farces pré-ambulatoires.

A quand la révélation ? la relève des corps. La personnalité se découvre-t-elle un jour complètement ? J’ai tort peut-être de relever ce truisme mais je m’y accroche ; premier jour de sevrage avant la nouvelle chute. Sevrage en Michaux inversé, perte solaire, comble de la faille – humidité dans le bureau, coin supérieur droit, pas trop près des livres heureusement – fissure qui fascine et qui attire. J’attends de voir ! "

à demain, quand mardi sera un peu plus fini.

KALAME