La semaine de... Patrick Dupuis (jour 2)

" Première affirmation : Les manuscrits envoyés aux éditeurs par la poste ne sont pas lus .

Affirmation largement répandue et, bien entendu, fausse... quoique :

Beaucoup de gens écrivent et envoient leur manuscrit par la poste chez les éditeurs. Un petit éditeur spécialisé dans une genre bien précis (exemple : Quadrature qui ne publie que des recueils de nouvelles) en reçoit un tous les deux ou trois jours tandis que c’est par dizaines que les manuscrits arrivent quotidiennement chez les grands éditeurs généralistes français... Et quand j’écris dizaines, je suis dans la fourchette basse.

Chez ces derniers, les manuscrits sont ouverts par des collaborateurs (souvent des stagiaires) qui font un tri et rédigent des notes concernant ceux qui ne sont pas éliminés d’office. Pas besoin pour cela de lire tout le manuscrit. Quelques pages permettent le plus souvent de se faire une idée... Et puis, à l’impossible nul n’est tenu : Essayez, pour voir, de lire jusqu’au bout et en une journée, une dizaine d’épais manuscrits qui ne sont pas tous, loin s’en faut, des chefs-d’œuvre...

Mais revenons à nos moutons. Le manuscrit qui passe ce premier examen de manière honorable poursuit donc son chemin à travers les méandres de l’institution. On peut affirmer sans crainte de se tromper que moins d’un sur cent arrivera en bout de parcours sans avoir été éliminé... et deviendra donc un livre.

Chez un petit éditeur comme Quadrature, le fonctionnement est quelque peu différent mais on peut dire que, in fine, le résultat est identique :

- Tous les manuscrits sont ouverts à leur arrivée afin de voir s’ils remplissent les quelques conditions demandées sur le site internet. À ce stade sont éliminés ceux qui sont, en fait des romans, ou qui traitent de la fabrication de la porcelaine portugaise au XVIIIème siècle.

- Après ce premier tri, deux membres du comité de lecture ouvrent les manuscrits et éliminent les manuscrits qui, de toute manière, n’ont aucune chance d’être un jour édité. S’il y a ne fût-ce qu’un léger doute, ils n’éliminent pas.

- Enfin, tous les membres du comité de lecture s’emparent des manuscrits restants. Ce comité de lecture se réunit tous les deux mois et les discussions sont souvent assez rock and roll.

Beaucoup d’appelés pour peu d’élus puisque 4 manuscrits seulement sont édités chaque année.

Mutatis mutandis, toutes les éditeurs fonctionnent ainsi. On peut donc dire que, dans les maisons d’édition sérieuses, tous les manuscrits sont au moins ouverts... N’en déplaise à ceux qui prétendent le contraire et qui répandent leur venin sur la toile, dans des blogs que je ne nommerai pas ici."

Attention, demain encore, Patrick Dupuis frappera encore de son poing d’éditeur sur son bureau collégial... collectif.