La semaine de... Jean-Michel Devésa (3/6)

 

 "Pendant cinq ans, j’ai tenu un blog et j’y ai écrit quotidiennement. J’ai conçu cette tribune virtuelle comme une vitrine pour mes travaux universitaires (je les y ai longtemps mis en ligne pour que mes étudiants y accèdent) et comme un lieu d’information, d’échange et de débat.

J’ai structuré cette « fenêtre » en rubriques ; il y en a une qui fait fonction de « gueuloir ».

Cette activité de diariste m’a beaucoup aidé : je ne sais pas si j’écris facilement mais, pour peu que j’aie du temps pour m’y consacrer, le vertige de la page blanche ne me concerne guère. Il me semble que la pratique du blog ont en quelque sorte entraîné ma plume.

 Je regarde les textes de ce blog comme de la « matière première », je n’hésite pas à y puiser en vue de les remanier et de les intégrer à un ouvrage, et donc à un texte de plus grande dimension, dont le registre et le fonctionnement diffèrent. Une fois publié, sur le Net ou sur papier, en revue ou en volume, un écrit n’est pas intouchable ni sacré. On peut le reprendre. C’est la grande leçon que j’ai tiré dans mes jeunes années de la « fréquentation » assidue du surréaliste René Crevel qui n’a pas hésité à réutiliser de la sorte des articles de lui lors de la rédaction de Mon Corps et moi (1925).

L’élément déclencheur de mon écriture est toujours lié à ma vie.

Comme je n’ai pas les moyens d’être un auteur à temps plein, et que je dois concilier l’écriture avec une activité professionnelle prenante car je corrige les travaux de mes étudiants avec soin (je lis parfois une dizaine de fois le mémoire de master ou la thèse que je fais soutenir), et qu’il y a aussi les aléas du quotidien, formule euphémique pour désigner toutes les chienneries sociales et familiales, je prends des notes (sur ordinateur), en attendant de pouvoir entreprendre de manière continue la rédaction du livre.

 J’opère en deux temps et sur deux supports : un fichier informatique dans lequel je consigne mes observations, remarques, commentaires, au fur et à mesure qu’ils me viennent à l’esprit ; un dossier « papier » dans lequel je garde un tirage du fichier télématique. Ce dossier « papier » contient dans des sous-chemises les notes du livre en chantier et de ceux que je projette. J’ai besoin d’avoir le titre du livre que je veux et vais écrire avant d’ouvrir le moindre fichier informatique ou une quelconque sous-chemise. Sans cet embrayeur, je suis stérile. Cette façon de faire a toujours été la mienne, dès la fin de mes études, quand j’ai eu à rédiger mes premiers textes critiques, et pendant toute ma carrière."