La semaine de... Jacques Darras (5/6)

Q. Revenons à l’écriture !

JD. Que voulez-vous savoir ?

Q. Quand et comment écrivez-vous ?

JD. J’écris matin quand il fait gris quand il fait bleu quand il fait bleu-gris.

J’écris jour après jour quelle que soit la couleur.

J’écris sur le clavier calendrier des heures.

Je suis mon propre livre d’heures

J’écris matin de Noël j’écris matin de Pâques.

J’écris comme si chaque jour était l’épiphanie.

J’écris par peur de me retrouver l’épi fané.

J’écris été hiver semailles récoltes même main même heure.

J’écris comme le semeur au trèfle d’Amiens la cathédrale

Je suis le sagittaire de l’écriture je lance mes flèches ---mon art mon arc.

Je pleus à contre-ciel je fais la pluie en bottant dans les hauteurs.

Je pleus mais ne pleuvant jamais de pleurs.

Je suis le très intègre très digne oignon de mes pelures.

Je ne crie jamais que d’ail que d’aux étant toujours mon riant bateleur.

Je suis l’épicier de mes épissures mes épis sûrs.

Je suis navigateur en blés je suis râleur au déjeuner je meurs-mûris de faim à Dinant au dîner.

Moi, la peur de la page blanche ?

Ah ! comme elle a bien raison d’avoir peur, la page blanche !

Car je suis le vers et sa tige !

De blanche ne connaissant que Hoogarden dont je me fleuris les lèvres !

Ma Gueuze ma Kriek sur le gâteux sur le gâteau !

Que je brasse et thalasse à meure l’haleine et longueur de bière !