La semaine de... Eric Brogniet (6/7)

 

 

SAMEDI

 

 

 

 

J’ai dans ma musique tous les soleils de l’Afrique et les bateaux

Avec leurs roues à aube sur le Mississipi Mon peuple a chanté

Dans les fers

 Esclaves ne maudissons pas la vie !

Je voyage de l’Atlantique au Pacifique en chemin de fer

A travers la nuit jusqu’à ce que pointe l’aube

Les roues sur le rail martèlent le tempo

Les poutrelles d’acier de Brooklyn Le métro

Aérien Les bouches d’incendie dans la chaleur de l’été

L’électricité traverse de part en part

Cette dentelle de verre et de béton

 L’Amérique n’est pas en guerre

Elle danse de Manhattan à Chicago de Saint Louis à New Orleans

De Los Angeles à Frisco

 De beaux marins en jersey tanguent dans les ports du New Jersey

Des Cadillacs roulent silencieusement sur leurs pneus caoutchoutés

Les pneumatiques sifflent d’un bout de la ville à l’autre

Portant de bureau en bureau les ordres de Bourse les dépêches les créances

Les frigidaires les automobiles Ford et les moissonneuses Massey-Ferguson

Dans les champs de maïs du Middle-West

 God bless America !

 

 Du même désert à la même nuit

 Toujours mes yeux las se réveillent à l’étoile d’argent

 

Des biplans Boeing aux cordages qui chantent s’envolent

Pour des missions de routine dans le ciel vierge de nuages

Au-dessus de Pearl Harbour

 La Mer de Corail pousse

Ses rouleaux d’azur et de turquoise

 

Trente-deux mesures suffisent où la clarinette prend le solo

Pour inviter les couples sur la piste de danse

Les usines d’armement tourneront à plein régime

 

Les boys s’embarqueront pour Omaha Beach et Guadalcanal

Au son du be-bop et du jitterbug

Tac a tac doum tac a tac doum tac a tac doum

 

Ce sera bientôt le Tac a tac Tac a tac des mitrailleuses

O jeunesse blanche et noire

Pour la mort aussi une blanche vaudra deux noires

 

O Satin dolls ! Vos peaux satinées vos poitrines opulentes vos cheveux platinés

A l’arrière des Yellow cabs Dans les rames du métro et sur la 52ème Rue

Sèment sur la nuit des étoiles d’argent Mae West Jane Mansfield Greta Garbo

Vos effigies peintes sur la carlingue des Forteresses Volantes et des Liberators

 

Demain le silence vivra

Demain l’innocence vivra

Demain tu danseras ô gisante ô mutilée

Sur les lèvres et dans les doigts en blanc et noir

 

Qui prennent leur chorus à tour de rôle

Et les flambeaux de la souffrance

Seront soufflés par les trombones

Et la section des cuivres

 

Demain viendront d’autres archanges

Porteurs d’une éblouissante lumière

Miles Davis, Coltrane,Charlie Parker

Le chant des cieux, la marche des peuples !

 Esclaves, ne maudissons pas la vie !