La semaine de... Dominique Segalen (5/6)

 

JOUR 5 – Question de caractères (suite)

 

"On n’écrit plus sans espacements, signes et attributs. Magie du word processing. Miracle de l’écriture « assistée ».

 Un bémol pourtant, comme sur la route : le levier de vitesse orthographique est plus agréable que la conduite automatique. On sent mieux les cahots et, dans les côtes, le véhicule a une meilleure reprise.Quelquefois, l’auteur peste contre le correcteur – qui le lui rend bien et se venge bassement au prochain détour d’une page. Par moment très obtus et totalement dénué d’humour, ce stupide automate vous inverserait le sens de n’importe quel texte.

Tac tac tac. Clic et clic encore.

Telle est la gymnastique des fondus d’écriture, libre ou sous contrainte, en atelier ou en solitaire, qui pianotent à la recherche d’une harmonie personnelle, sans autre musique que le cliquetis des doigts sur le clavier. Ce qui, entre parenthèses, décourage certains chats, habitués à la douce chaleur des feuilles de papier étalées sur la table.

Qui n’a pas délicatement soulevé un morceau de chat somnolent, pour relire les dernières phrases du chapitre précédent écrites au stylo, se prive d’un plaisir particulier. La présence d’un félin, ronronnant ou pas, donne aux heures d’écriture une étrange sensation de paix.Un chat tranquille, un stylo qui glisse sans accrocher la fibre, trois rames de papier fort, un portable usé jusqu’à la corde à l’endroit où frottent les paumes, les arbres devant la table et trois mois devant soi pour pondre un roman.

Le bonheur absolu.

Avant d’écrire le texte proprement dit, il est totalement jouissif de créer de toutes pièces des lieux, une ambiance, une intrigue. Sans parler des personnages dont certains lecteurs vous diront ensuite qu’ils s’y sont attachés… au point de vous en vouloir personnellement si vous les tuez en fin d’ouvrage (oui, ça m’est arrivé une fois).

On ébauche patiemment tout ce petit monde, on étoffe leurs personnalités en ajoutant une foison de détails. On vit avec eux jour après jour, jusqu’à les côtoyer. On finit même par les entendre parler et, un matin, le brouet est prêt.

L’aventure peut commencer."

Et demain, l’aventure de cette semaine s’arrête là... si vous désirez commenter, agrémenter, augmenter cette semaine en vous adressant à Dominique Segalen, n’hésitez pas à écrire sur info@kalame.be.