La semaine de ... David Giannoni (5/6)

Vendredi 11 janvier 2013

 

∞h∞

Il n’y a pas d’heure ce vendredi. Pas de minutes. Pas même de secondes.

Pas ce vendredi.

Ni demain samedi d’ailleurs, que cela, déjà, soit dit.

Ou bien le temps est celui qui s’écoule entre une vie réelle et une vie rêvée.

Que vaut-il mieux vivre, chère e-lectrice et cher e-lecteur ?

On ne peut vivre sans rêve, sans doute. Ou mieux : nous sommes dans nos vies au milieu de quantités de rêves : ceux de nos aïeux et de nos parents sur nous et autour de nous, puis les nôtres propres, et ceux de nos sociétés, de nos cultures, de nos époques, de nos concitoyens, de nos amis et ennemis, et de tous ces autres êtres vivants que nous oublions chaque jour : animaux, plantes, arbres, pierres… et puis ELLE, Gea-terre… Pacha Mama comme disent les amérindiens.

Dans ce monde de rêves quels sont les miens ?

Ils sont nombreux et en même temps se raréfient avec le temps, s’exerçant à être au plus proche de la matière même du réel, de s’imprégner de sa force et de sa beauté. Non pas le réel contre le rêve. Mais le réel d’au-delà du rêve. Par-delà.

Et alors une journée comme celle-ci, je combats.

D’une part de là où j’aurais pu être : d’abord chez moi, puis un petit coup de fil à la Maison de la poésie et à l’imprimerie à Amay pour voir si tout se passe bien, puis direction boutique, faire le point du travail de diffusion et distribution que nous avons repris en main pour la Belgique, questionner avec Simona, Nadejda, Luc-André et notre stagiaire Eleonora le sens même de ce que nous faisons lorsque nous essayons de « vendre » des livres à un collègue libraire, lorsque nous nous évertuons à le convaincre de la qualité de notre travail, et de l’importance de prendre en dépôt des livres de poésie, des romans, ou autres de maelstrÖm et de l’Arbre à paroles… de longues journées de lutte là aussi, entre les rêves/aspirations et les champs du réel…

Combat dans la joie.

Et puis il y a là où je suis à l’heure où tu me lis, chère e-lectrice, cher e-lecteur.

Car ce vendredi 11 et ce samedi 12 janvier auront été rédigés « avant » qu’ils n’aient eu lieu, exceptionnellement. Là où je suis réellement il fait silence et je ne peux emmener avec moi ni livres ni téléphone ni ordinateur… juste moi et Moi… avec ce corps qui parfois m’encombre, avec ces désirs qui souvent jaillissent et creusent, avec ce cœur qui est dans la paix depuis quelques temps maintenant, avec cette tête qui doit apprendre à se vider pour mieux remplir, à articuler mots, déployer langue, alors que tout, strictement TOUT passe… Panta Rei os potamos, tout s’écoule comme les eaux du fleuve, rien ne reste, qu’impressions, nœuds appelés à se dénouer et relâcher leurs tensions, plic ! ploc ! bulles de savons qui émergent de l’espace-temps de la méditation où je me trouve réellement…

Là où je suis il fait silence.

C’est un cours de 3 jours de Méditation Vipassana, quelque part en Flandres.

Cours qui fait suite à un autre de 10 jours que nous avions suivi, Nadejda et moi en Italie cet été. Ce cours qui m’avait entre autres permis de cesser le tabac, jusqu’à aujourd’hui encore.

Silence.

Silence.