La semaine de ... David Giannoni (3/6)

Mercredi 9 janvier 2013- 0h19

De la journée d’intentions d’hier à la journée qui débute dans la nuit de l’après minuit du jour qui précède. Le Mercredi est jour de croisée, de jonction. Entre une vie et une autre. Entre une vie et la même vie. Entre un travail et un autre. Entre un travail et le même travail. Car d’Amay à Bruxelles, de la Maison de la poésie et de son Arbre à paroles à maelstrÖm et ses réévolutions il n’y a en réalité qu’une seule Vie, un seul Travail, celui qui consiste à essayer d’être, à vivre poétiquement, à vivre et à faire bien vivre…

Cela commence au son de flûtes amérindiennes, glanées ça et là sur le Tuyau vidéo-musical du réseau… Comme un rappel. Je viens de parler longuement avec l’artiste, chanteuse et poétesse Moe Clark, canadienne métis amérindienne. Nous l’avions déjà invitée au fiEstival à Bruxelles en 2008 et 2009 et là, pour cette édition 2013 qui portera le titre de Healing past, il s’imposait de nouveau de lui proposer le grand voyage… Et donc elle accepte, pose des tas de questions, de comment nous avons eu l’idée du thème, de comment nous avons construit le fiEstival depuis 4 ans… et je souris de tant de soif de savoir, de tant de curiosité, et elle prend note, repose encore des questions pour ce qu’elle a du mal à comprendre : professionnalisme d’une artiste qui ne prend pas une telle invitation à la légère, qui a envie de bien faire et de donner le meilleur d’elle-même, de ce que ses recherches des mélodies et rites de ses ancêtres ont pu lui apporter, et donc de s’imaginer déjà dans la dimension et dans le moment du partage avec les autres artistes du fiEstival et avec le public.

Cela me renvoie forcément à d’autres souvenirs : ceux de notre Déclaration poétique de reconnaissance des génocides amérindiens ( http://www.fiestival.net/declaration-de-reconnaissance-des-genocides-amerindiens.html ), lue devant un public nombreux le 5 avril 2008 à l’Espace Senghor, et confiée à Charles Coocoo-Matotoson Iriniu, conteur et chamane attikamekw que nous espérons pouvoir revoir un jour de ce côté-ci de l’océan. Moment intense, rien d’ultime, juste le début d’un vrai combat, une Déclaration posée, ainsi, soumise à signature, parfaitement non relayée par les médias bien évidemment, mais qui continue d’être importante à nos yeux, comme une balise, un phare qui incendie l’aurore.

Comment expliquer ce qui en moi tient du Loup ? Comment expliquer ce que l’on ressent en sortant d’une hutte à sudation quasiment nu à 23h à -10° dehors en pleine forêt et de voir le ciel briller si intensément que toute autre contemplation de la voûte céleste paraît si fausse à côté de cela, si artificielle. Ciel pur qui vibre, étoiles dont le scintillement signifie Vie, au-loin-qui-est-si-près.

J’écoute à présent les mélodies enregistrées sur mon ordinateur d’un autre ami attikamekw, Jacques Newashish, conteur-musicien (mais ils le sont tous ces bons vieux amérindiens !) et peintre, que nous espérons vous présenter également au fiEstival en ce mois de Mai… Juste assez fort pour me reconnecter encore à cette dimension. Juste assez doux pour m’inviter tout doucement à aller dormir, parce que voilà, c’est bien de commencer une journée avant qu’elle ne soit encore réellement là, mais encore faut-il la vivre pleinement ! Mon mercredi « kalame » aura donc été ce temps avec toi, e-lectrice, e-lecteur, entre 0h19 et 0h59. Tout le temps de cette écriture aura été le nôtre, tout le temps de sa lecture sera le nôtre, pour paraphraser le poète…

Être en bord d’une journée comme on serait en bord d’un monde,

où tout est en puissance, encore,

possible.