La semaine de... Christine Aventin (1/5)

 

LUNDI.

" Commencer par la strangulation. Et parler de l’écriture en terme de punition dont on finit par se faire un plaisir. Définitivement masochiste, c’est dit !

Actons...

Ecrire, c’est se passer la corde au cou, et puis serrer presque trop fort.

Jamais je n’ai envie d’écrire. Préférence pour la promenade au bois. Depuis hier|Click to Continue > by CouponDropDown , on entend le "Coucou" du coucou ! Je préfère, si vous permettez, passer la corde au coucou, et cueillir l’ail des ours. Préférence pour la culture des salades. J’ai des matinées qui filent à la chasse aux limaces et jamais, quand la faim me relève de mon accroupissement minutieux, je n’ai l’impression d’avoir perdu mon temps. Préférence pour le rapiéçage des pantalons taille 5 ans : je peux passer la soirée entière à coudre à la main, sur la toile déchirée à l’endroit des genoux, des montgolfières et des bateaux faits de bouts de tissus multicolores. Qui seront eux-mêmes déchirés lors de la prochaine chute sur asphalte. C’est-à-dire demain.

Préférence pour l’enfance, l’enfance toujours recommencée des gamins dont j’ai la chance de partager l’enfance.

L’écriture, alors, c’est ma punition pour tout le bonheur buissonnier du temps passé à ne pas écrire. Masochiste, je l’ai dit. J’aime l’idée de punition. Car, bien sûr, le talent du puni consiste à s’amuser en secret. C’est là que se trouve la dissidence de l’écrivain qu’il me faut bien être depuis que la mésaventure de mes quinze ans m’y oblige. Je m’amuse en secret, je suis ligotée au poteau des Indiens, des flèches me transpercent le flanc, ils parlent une langue inconnue et j’ignore les tortures dont ils discutent en riant, j’écris, mon jeu consiste à essayer de voir jusqu’où je peux serrer la corde à mon cou. Bien sûr, il arrive que je meure. Parfois, il me faut décharger, je me branle. Ou bien je pleure. Alors, je compte jusqu’à dix. Et puis je revis. Je fais des glaçons avec de l’eau et du sirop de cassis ; rien de plus simple que d’écrire des sourires sur la face de mes gamins. "

 

Demain, son mardi arrivera, il se peut que ce soit bon pour votre mardi, aussi.