La semaine de... CLéA (4/7)

A lors on danse !

C adence . C’est grand-mère qui donne la cadence dans la bibliothèque de la maison : deux planches de 20cm sur 60 cm. Sur la première planche, quatre livres : la Bible, les deux dictionnaires de grand-père, un wallon-français et le Quillet ainsi qu’une bande dessinée, « Li Vî Bleu ». Sur la deuxième planche, une statue de la Sainte Vierge.
Grand-mère ne sait pas très bien lire et encore moins écrire. De toute façon les livres, c’est des « ramasse-poussières ». Mais surtout, c’est pour ceux qui n’ont rien à faire et grand-mère, elle, a toujours à faire.

L a danse et la contredanse . La bibliothèque de l’école est immense à côté de celle de grand-mère. Une vraie piste de danse. Sauf qu’il est interdit d’y faire du bruit et de bouger. Grand-mère avait raison. Ça sent la poussière. Ce silence est oppressant. C’est le même que celui imposé par le curé lorsqu’il lit les histoires du héros de son Grand Livre pendant la Messe. Je ne connais que ces histoires-là. Je les trouve compliquées. Tout m’échappe : l’élément déclencheur, les motivations du héros, les obstacles invraisemblables qu’il surmonte, son enjeu, le choix des différents narrateurs. Et Dieu créa la compagnie de lecteurs et d’auteurs. Et il vit que cela était bon

é vidence . Ma bibliothèque tient sur une seule étagère. Plus grande que celle de grand-mère. Elle est remplie de mots qui dansent et de maux qui chantent. Mes livres n’ont pas le temps de prendre la poussière. Ils bougent, voyagent, partent, s’échangent, reviennent, se perdent. Ils me nourrissent. Alors j’écris. Je lis. Des livres, des bibles d’humains, des manuscrits. Je lis aussi des contes et des romans dans des bibliothèques publiques et privées. A voix haute. Très haute. Et puis je danse. Parce que c’est évident, les histoires, comme les bibliothèques, sont des pistes de danse. Je n’ai pas encore dansé dans les nano méga bibliothèques virtuelles. La poussière de grand-mère me manquerait. Peut-être. Peut-être pas. Du moment que l’on danse...

A bondance . Le monde est une bibliothèque. Gigantesque. La mienne est toujours aussi petite dans mon bureau. Principe de précaution contre la poussière de grand-mère ? Peut-être. Secret défense ? Sans doute ; ne dis pas ce que tu lis, je ne te dirai pas qui tu es. Ma bibliothèque intérieure, elle, a grandi et croît encore. Chaque jour. A chaque lecture. Tous les livres lus, les histoires vécues et les livres qu’il me reste à écrire sont stockés dans mon corps. La bibliothèque de CLéA aussi grandit. Des auteurs et des lecteurs attendent. Alors, sous les lumières très privées d’une rencontre, CLéA danse.

Mais dis-moi. Où on va CLéA ?

Question à Réjane Peigny qui se dit, de là(-bas) où elle est, "tiens, et si je répondais demain". (sûrement).