La semaine de... CLéA (3/7)

Au pied du lit

Guidée par une enfant taiseuse et bricoleuse de lampe de poche pour lire en cachette la nuit, je m’assieds au pied de son lit. Là, un petit peuple de livre palpite sur les rayonnages d’un magasin recyclé en bibliothèque.

Des livres, rien que des livres, à dévorer, à respirer, pour le plaisir, pour être séduite, pour faire un.

Encore ! Les voix, décernant au début du processus de l’admiration, se muent en étonnement, en incompréhension, se fondent en lassitude.

Le magasin se remplit lentement. Les livres sans couverture pour en être plus proche se relisent, se mettent en mémoires. A la maison le livre n’était pas une acquisition de nécessité. Il demandait une occasion pour être acheté.

A l’étage du dessus, une vielle dame buveuse de whisky et caresseuse de livres déambulait dans un parcours Vita structuré par des piles de romans ...

En faisant retentir sa sonnette je pouvais plonger en apnée dans ses colonnes sous marine d’auteurs qui me murmuraient, prend moi prend moi…
Plaisir sensuel de l’abondance, saut dans le vide de l’océan des mots.

Sans censure pour mes douze ans, ils faisaient le voyage jusque dans mon lit.

Ils m’ont appris qu’un livre contenait mystérieusement l’histoire de ceux qui l’avaient lus. Intimité.

Quelques siècles plus tard

Collée aux tables surchargées des libraires, je frôle je hume.

Et si la démarche dévoreuse s’affine, il reste qu’économiquement cela ne tient pas route. Dois je me priver, me restreindre, mettre au cachot mon appétit ?

Loin de moi de faire une analyse du marché de l’édition.

Mais pour être une déchiffreuse de pattes de mouches et une scribouilleuse génétiquement non modifiée, je peste…oui… cela pêche.

Je rêve d’un monde, où l’écrivain serait reconnu pour son talent, sans histoires de prix ni de mérite, et d’éditeurs véritable interface intelligente du plaisir, de la transmission, d’humanité
(Il y en a, sisisi !)
Encore un livre !
Mais va à la bibliothèque !
Parlons des bibliothèques !
Et l’enfant pointe sa lampe de poche page 5 de ma mémoire.

Les moyens ne sont pas les mêmes pour tous et en ce qui concerne les bibliothèques c’est la même chose. (Accès à la culture, à la pensée, heu…)

 

Sous les lumières très privées d’une rencontre, Bibliothèques nano méga virtuelles ou de papier, voulez-vous danser avec moi ?

Question à Salomé Mulongo, qui se chargera de dire la danse et danser les mots, dès le lendemain de ce jour.