La semaine de... CLéA (1/7)

  
R. L. Stevenson, Des livres qui m’ont influencé (1887)

 
Le réseau Kalame fédère des animateurs d’ateliers d’écriture de tous bords, de pratiques aussi diverses que les personnalités qui les portent. Cependant, un trait commun les lie. Ce trait est souligné par l’engagement symbolique, philosophique, éthique que chaque membre « signe » lors de son adhésion au réseau ( petit rappel des jalons de départ ici ). Ecrire, LIRE et viser l’autonomie des participants sont les bases, viennent ensuite la participation à la vie du réseau, à sa pensée, à son expérience.
Parmi les missions de Kalame, celles pour lesquelles la Fédération Wallonie-Bruxelles soutient le réseau, il y a l’information au public. Kalame reçoit environ une trentaine de demandes par mois. Ces demandes varient d’objectif en besoin, d’élan en quête. Un tiers environ de ces demandes touche à l’édition d’une œuvre (courte, collective, débutante, en récit de vie, en poésie, en nouvelles, en récits de fiction, …). Parce que l’atelier d’écriture apporte souvent (souvent ?) une réponse aux questions de la langue, de la production du texte, du style, du genre, les personnes trouvent ensuite une volonté de déposer leurs textes dans un objet, qu’il soit blog, livre ou carnet. Laisser une empreinte ? Peaufiner une esquisse ? Que ce dépôt soit établi est une question de moyen, d’outils autant que de résolution, bien entendu. Vient alors l’accompagnement, le guidage, l’encadrement vers une matière satisfaisante pour l’auteur. Certains animateurs d’ateliers d’écriture accompagnent des auteurs dans cette recherche et Kalame faisait jusqu’ici (et encore pour quelques temps, sûrement) le relais entre ces demandes du public et ces animateurs /lecteurs / relecteurs / « accompagnateurs ».
On pourrait dire que CLéA arrive au milieu de ça, entre un atelier, un processus, une séquence d’écriture et la satisfaction, la réalisation d’une matière réfléchie, aboutie. L’enjeu est d’être au bout de son chemin d’auteur pour cette pièce d’écrit là, que l’édition advienne, que la publication surgisse, peu importe, finalement.
A l’origine de CLéA, une question fondamentale : que faisons-nous de nos écrits ? Laurence Ortegat et Réjane Peigny ont dû aborder 198 autres questions avant de se lancer à l’abordage de la réflexion, laquelle a pris forme et se nomme depuis quelques semaines, CLéA, Compagnie de Lecteurs et d’Auteurs.
La spécificité de CLéA repose principalement sur ses valeurs (définies dans une Charte signée par tous les membres), sur sa méthodologie, sur son indépendance vis à vis des maisons d’édition, sur le fait de regrouper en une plateforme rencontres, accompagnements et diffusion des textes, et sur son organisation en Compagnie qui prévoit des échanges de pratiques à tous niveaux, entre auteurs, lecteurs et accompagnateurs.
Tout ce qui concerne CLéA est sur le site de la Compagnie ( www.compagnie-clea.org ).
Kalame a voulu « rencontrer » ces fondamentalistes de la relecture, de la réécriture, de la conscientisation d’être auteur.
La semaine de… joue cette semaine au relais entre joueurs de première base. Chacun son tour et à la fin, vous obtiendrez CLéA, fraichement venu(e) au monde.
Milady Renoir
pour Kalame
PS citation : « La lecture est l’apothéose de l’écriture. » (Alberto Manguel)

Kalame à CLéA… Mais qui êtes-vous ?

Question à Amélie Dewez . Elle entre dans l’arène. Première. Derrière elle, d’autres lecteurs, animateurs, accompagnateurs, auteurs…

La mystérieuse vie d’un texte ou comment l’on tente d’en comprendre les mouvements – CLéA

Un texte attend posé sur une table ; recouvert d’une fine pellicule de poussière, il espère. Jamais ses pages ne se colorent, ne frémissent ou ne hurlent quand des yeux se posent sur lui. Le regarder ce n’est pas assez. Mais alors, comment savoir qu’il existe ?

Manque la tête d’un lecteur. Là, le texte se gonfle, s’affaisse, se cabre, se pare de ses plus beaux atours. Comme un génie sorti d’une lampe, il s’adonne à la folle gymnastique que lui offre un cerveau neuf.

Rythmes endiablés ou lente déambulation dans la tête du lecteur qui, dépassant le seul regard posé sur le texte, décide d’en déchiffrer les mots qui le constituent.

Le texte a besoin d’un cerveau. Sans lui, il n’est rien. Puis, ensemble, cerveau et texte créent une histoire. Un peu la sienne, un peu celle cachée dans les mots. Ils scellent le pacte secret de la lecture.

Oui, un texte existe quand il est lu. Mais il existe aussi quand on parle de lui.
Faisons les deux !
Enfouissons-nous sous les couvertures, et partons à l’aventure textuelle. Le dé-lire peut commencer.
Un délire de compagnie, de gens qui se retrouvent parce qu’ils aiment ça, lire.
Comment ne pas aimer pénétrer les strates d’un univers qui se donne à voir ? Comment ne pas aimer créer un peu de ce qui se joue entre les lignes ?
Ne plus lire ? Renoncer à investir un texte de ses orages, de ses obsessions, de ses frustrations ?

Lisons !

La compagnie, ce lieu où des textes rencontrent plusieurs cerveaux.
La compagnie, ce lieu où les cerveaux investissent le texte pour en comprendre la vie (le texte existe !)
La compagnie, ce lieu où les cerveaux confrontent entre eux leurs créations – lecture singulière (le texte existe d’autant plus).
Un lieu donc.

Où.

Les lecteurs s’amusent, s’emparent de textes, les ingèrent, les digèrent, les recrachent et repartent à la chasse aux textes.

Le texte ne doit plus lutter pour exister. Il n’a qu’à être là. Présent au monde et aux cerveaux. Il n’attend plus.

Délire-t-il avec sa poussière, le texte ?

Question à Gérard de Sélys.