L’aventure des Livres pauvres

La belle aventure des « Livres Pauvres »


Daniel Leuwers, universitaire participant à de nombreux colloques internationaux sur la poésie, poète et essayiste, par ailleurs Président pour la France de l’Association Internationale des Critiques Littéraires (AICL), est un ardent défenseur de la poésie. Il rédige de nombreuses chroniques sur les poètes contemporains, notamment dans les revues Autre Sud et Poésie/Première. Par ailleurs, passionné d’art pictural, il a depuis près de dix années initié une entreprise d’une grande originalité où poésie manuscrite et peinture, chaque exemplaire constituant une édition originale en soi, sont étroitement associées. Bernard Mazo la présente.

Leuwers-Daniel-350-px.jpg Les « livres pauvres » constituent des collections « hors commerce » de petits ouvrages où l’écriture manuscrite d’un poète rejoint l’intervention originale d’un peintre. C’est en 2003, dans le cadre du Prieuré de Saint-Cosme,situé près de Tours et où est mort Ronsard, qu’a eu lieu la première expositions de ces collections lancées par Daniel Leuwers, qui comprenaient alors une soixantaine de livres. Trois ans plus tard, l’aventure a continué au point d’atteindre plus de deux cents livres précieux. Ce sont précisément ces nouveaux « livres pauvres » qui ont été présentés à Saint-Cosme pendant les trois mois de l’été 2006.
Des noms de grands poètes de langue française (Yves Bonnefoy, François Cheng, Jacques Dupin, Michel Butor, Bernard Noël, Alain Jouffroy, Jude Stéfan), d’écrivains connus (Michel Tournier, Nancy Huston, Annie Ernaux) ou moins connus ainsi que de peintres éminents (Pierre Buraglio, Georges Badin) ont rejoint les collections qui se sont par ailleurs ouvertes à des poètes arabes, japonais, lusophones – composant ainsi une large fresque (unique en son genre) où la quête de la beauté rejoint un souci d’ouverture, d’universalisme et de métissage fructueux.

Trois catalogues

Fullembaum_Badin.jpg En 2008, c’est près de trois cents nouveaux livres qui ont été présentés à Saint-Cosme. Des peintres comme Alechinsky, Viallat, Kijno, Steinberg ont rejoint les collections qui se sont multipliées.
Trois gros catalogues présentant les ouvrages et leurs reproductions en couleur offrent un panorama unique de cette belle aventures ont été successivement édités : « Le Livre pauvre » , Tarabuste, 2003 ; « Livre pauvre/Livre riche » , Somogy, 2006 ; enfin « Richesses du livre pauvre » , Gallimard, 2008.
Pourquoi cette appellation « livres pauvres » ? Tout simplement parce qu’il s’agit de livres conçus comme un artisanat sans aucun investissement financier. Le poète compose à la main sur papier vierge chacun des exemplaires constituant à chaque fois un original et choisit le peintre qui va l’accompagner sur ces mêmes exemplaires, chacune des illustrations étant elle-même un original pour le recueil final. Par conséquent, ni graveur, ni lithographe, ni imprimeur et en bout de chaîne ni diffuseur et ni libraire.
Daniel Leuwers n’est donc pas un éditeur, mais un « susciteur » qui souhaite que les livres pauvres soient montrés au public le plus large possible.

Le cap des 1000 livres

Leuwers-Mihuleac.jpgDes six exemplaires originaux, deux reviennent au poète, et deux au peintre. Les deux derniers font partie des collections (Le N°1 est conservé au Prieuré de Saint-Cosme et fait l’objet d’expositions tournantes ; le N°6 est exposé un peu partout : non seulement en France, mais également en Europe (Bergame, Milan, Brême, Bucarest, Bruxelles), en Israël (Haïfa) ainsi qu’à New York.
Les livres pauvres sont, en fait, des livres de bibliophilie qui se refusent aux bibliophiles et qui vont à la rencontre de publics a priori réfractaires à l’élitisme mais qui les adoptent finalement avec passion.
Le cap des 1000 livres (en toutes langues) sera atteint en 2010, lors de la préparation d’une nouvelle grande exposition à Saint-Cosme accompagnée d’un nouveau catalogue à paraître chez Gallimard.

Bernard Mazo