Henri Bergson, de la littèrature

"Bergson écrit la philosophie comme personne : pour parler du temps, de la mémoire, de la liberté, de la matière, de l’esprit, autant de sujets que la philosophie s’efforce – comme la littérature d’ailleurs – de traiter, il forge lui aussi des intrigues (l’évolution, le souvenir), raconte des événements (la fonte d’un morceau de sucre, un trou de mémoire), campe des personnages (le moi, la matière, la conscience, le cerveau, la science). La torsion ainsi infligée à l’acception de mots ordinairement reçus sans trop de discussion sera systématiquement examinée, analysée, évaluée. Ce que Bergson peut avoir en commun avec les romanciers ou les poètes est sans doute bien autre chose qu’une doctrine ou une conception du temps et de la vie : un souci aigu du langage, une attention vive à sa nature et à ses usages. S’agissant de l’œuvre d’un philosophe, les conséquences d’un tel questionnement sont potentiellement immenses. Si l’on considère que romanciers et philosophes ont en commun les mêmes procédures, les mêmes figures, le même souci créatif (revendication explicite de Bergson), dans quelle mesure le propos philosophique en sera-t-il affecté ? Si l’exigence de création prend le pas sur l’intelligence de la démarche ou du propos (Bergson comme Proust se méfie de l’intelligence) que dira-t-on du concept ? Quelle place accorder à l’invention, à la beauté, dans l’évaluation d’une œuvre philosophique ? Comment penser le rapport du texte philosophique avec la vérité ? L’œuvre de Bergson n’est évidemment pas la seule concernée par ces questions.

Un séminaire donné par Bruno Clément, professeur des Universités à l’Université Paris 8 et ancien président du Collège international de philosophie de 2004 à 2007."

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