Habiter la langue, habiter un pays ; l’écriture du dépaysement en atelier.

« Dans le fond, tu as toujours habité un langage et aucun autre ailleurs. » écrit Régine Robindans son roman, La Québécoite.
L’histoire est celle d’une immigrée découvrant Montréal et se retrouvant confrontée à la nécessité de s’intégrer dans cette ville inconnue.
Pour ceux qui quittent leur pays d’origine pour arriver dans un autre, le choc peut être difficile. L’intégration débute souvent avec l’apprentissage de la langue, et c’est de cette constatation que j’ai souhaité partir : comment habiter la langue pour pouvoir mieux habiter lepays ?À l’heure où l’approche communicative met souvent l’accent sur la production orale, il mesemble important de questionner la place de l’écrit dans l’enseignement de la langue. Il occupe un rôle fonctionnel : il sert à transmettre des informations, à échanger avec l’autre. Si je suis convaincue du bien-fondé de cette approche communicative, je me pose néanmoinsune question : comment faire en sorte que l’apprenant incarne la langue ? Il me paraît important de laisser un espace, en parallèle de l’apprentissage communicatif, où l’apprenant puisse manipuler la langue, la tester, l’essayer, où le processus importerait plus que le résultat. J’ai trouvé cette possibilité dans l’atelier d’écriture. En français langue maternelle, l’atelier d’écriture se développe en France depuis une quarantaine d’années. Quarante ans que des gens qui ne se connaissent pas, se rassemblent pour écrire, sans avoir nécessairement lavolonté de se faire publier, simplement pour le plaisir de la langue, pour la découverte detextes du patrimoine culturel français et international, pour le partage de leur intérêt pour lesmots. Petit à petit, des ateliers similaires ont été mis en place avec des publics « fragilisés ».
Dans ce travail, j’aimerais analyser, en regard des théories sur l’enseignement des langues et des recommandations du Cadre Européen Commun de Référence des Langues (CECRL), la possibilité d’introduire l’atelier d’écriture en classe de Français Langue Etrangère, avec le but de faciliter l’apprentissage de la langue, et de fait, l’intégration au pays d’accueil.
Je développerai dans une première partie le concept de l’atelier d’écriture. Je chercherai à montrer comment est née l’idée outre-Atlantique, comment elle s’est implantée en France, etavec quelles différences. J’expliquerai ensuite les principes qui régissent les ateliersd’écriture, et analyserai les liens qu’on peut tisser entre atelier et FLE.
Dans une seconde partie, je questionnerai la notion de dépaysement. Je m’interrogerai sur ladéfinition de ce terme, et proposerai une réflexion sur les différents points de vue qu’il peut susciter. Je ferai également le lien entre écriture et dépaysement et montrerai la pertinence dece sujet.
Dans une troisième partie enfin, je ferai le récit et l’analyse de ma pratique : j’ai effectivementeu la possibilité de mettre en place un atelier d’écriture dans une association proposant des cours de Français Langue Etrangère en Belgique. Je décrirai donc le dispositif que j’ai mis en place et montrerai ses réussites et ses limites.

http://fr.scribd.com/doc/107160372/Habiter-la-langue-habiter-un-pays-l-ecriture-du-depaysement-en-atelier