Écriture audiovisuelle : polyvalence et adaptation de mise pour les stagiaires

La semaine dernière, Caroline, Marion et Noémie vous parlaient de leurs stages respectifs. Attentes, surprises, déceptions, découvertes… Aujourd’hui, quatre nouveaux témoignages vous donnent à nouveau l’occasion de mieux appréhender ce milieu fermé et complexe qu’est celui de l’industrie audiovisuelle.

Pol – Assistant de production
J’ai commencé, en mars dernier, un stage dans une boîte de production jeune de sept ans. Si ma convention stipule « assistant de production », mon rôle est en réalité pluriel. J’ai toujours chaudement détesté le statut de stagiaire, mal payé et aromatisé au café. À vrai dire, classer le courrier ne m’a jamais rien appris. Et monter un meuble Ikéa ne me promet aucun avenir (si ce n’est un salon bien décoré). Cette année-ci, j’ai eu du bol. Mon maître de stage est jeune – il a traversé la même ingratitude quatre ans plus tôt. Il a compris ce que les autres ont oublié : je suis là pour apprendre.Alors, oui, l’essentiel de mes activités concerne la préparation de tournages. Oui, il m’arrive de m’improviser coursier – parfois par le luxe d’un taxi – mais pas que. Derrière l’étiquette « assistant de production », je m’essaie au montage et à la lumière, endosse le rôle de régisseur le temps d’une journée, scénarise des web-séries, je m’initie au graphisme et joue le rôle de commercial. J’apprends, tous les jours. Pour être honnête, je suis, en deux mois à peine, plus aiguisé qu’en deux ans d’études. Des longues heures d’amphithéâtre, j’ai gardé de l’encre sur les doigts. Ce stage, lui, me permet d’enfouir mes mains dans le cambouis (se salir est formateur).
Et puis, les gars, parlons franchement. L’audiovisuel, aujourd’hui, est synonyme de polyvalence. Qui a dit intermittent du spectacle ? Pour s’en sortir, il faut désormais être magicien. La réalité du métier, la volonté d’investir un marché, nécessitent de pouvoir mener un projet de long en large, de sa conception à sa post-production. Si vous savez écrire, vous devez pouvoir produire. Si vous créez, vous devez être capable d’accompagner le projet. Je planche actuellement sur des projets variés. Écrire des scénarios est ce que je préfère le plus (la motivation première de mes études). Rédiger du film Z pour une production américaine ? Si, si, je l’ai fait. Curse of the shadow, Giant Octopus in the jungle, j’ai trempé les mains dedans (le cambouis, toujours). De la web-série aux dialogues de talk-show, j’ai joué du stylo un peu partout. L’esprit de la boîte, surtout, m’aide à m’investir dans le travail. L’équipe est jeune et bosseuse, la plupart se connaissent depuis le lycée. Je ne compte pas faire de la production toute ma vie, loin de là. Mais cette ambiance si particulière, cette volonté de pluraliser l’apprenant me donnent, à moi, l’envie de continuer l’aventure un peu plus loin. Un projet d’ailleurs en cours de négociation.

Natacha – Pôle direction littéraire, Gaumont Animation
Comme lors de ma précédente expérience, je suis en stage dans le domaine de l’animation, cette fois-ci au sein des studios de Gaumont Animation. Je travaille sur la nouvelle version 3D de la série Caliméro, à la direction littéraire. Je ne compte pas forcément faire carrière dans l’animation mais il était intéressant pour moi d’avoir déjà quelques bases dans ce domaine avant de démarrer ce stage.
La direction littéraire gère toute la partie « écriture » de la série : mon supérieur hiérarchique guide les auteurs dans l’écriture, et nous fournissons plusieurs documents pour « nourrir » l’écriture (bible, dialogues récurrents des personnages, planches d’accessoires...). Je m’épanouis vraiment dans cette expérience, car j’ai enfin l’occasion de toucher aux scripts, de proposer des idées, de faire avancer les textes... Bref, de participer au processus de validation (très complexe !) des scénarios. Nous essayons de favoriser au maximum le visuel, et je travaille donc en collaboration avec l’équipe de réalisation et de production. C’est assez magique de voir un univers d’objets et de personnages inanimés prendre vie petit à petit, plus encore quand on a participé à l’histoire qui se déroule.

François – Web manager, TéléParis
TéléParis est une boîte de production spécialisée dans la télévision qui produit entre autres Salut les Terriens, On n’est plus des pigeons, Paris le Club, autant de programmes dont je n’avais jamais entendu parler avant de faire ce stage. Pour ma part, je travaille sur un nouveau concept d’émission musicale, en cours de diffusion sur France Ô, qui s’intitule Music Explorer : quatre artistes français partent aux quatre coins du monde pour trouver de nouveaux talents. Douze talents sont sélectionnés et viennent à Paris, avec à la clé la possibilité d’enregistrer un disque. Ce concept m’avait séduit, car je suis passionné de musique et les missions me semblaient prometteuses. C’est pourquoi j’ai accepté ce stage de trois mois, alors même que je ne suis pas un inconditionnel de la télévision.
Au début, j’ai été pris pour faire du journalisme web. J’avais pour mission de « mettre en scène » l’émission sur le site web de Music Explorer, via des articles, des récits, des vidéos, des photos. Ce projet transmédia était ambitieux – trop, étant donné les contraintes de temps de la production. Finalement, ce site web s’est transformé en une simple application web (musixeplorer.fr), qui permet seulement aux internautes de voter pour leurs artistes favoris.
Techniquement très limitée, cette application n’a pas permis de mettre en place le projet transmédia. Et mes missions se sont considérablement modifiées. Jusqu’ici, j’ai essentiellement fait du dérushage pour retrouver toutes les auditions des candidats dans leur intégralité et les mettre en ligne sur Youtube et Soundcloud. Une bonne partie de mon temps consiste à faire du community management (animer les réseaux sociaux, faire les live-tweets des documentaires diffusés chaque vendredi soir).
Ce stage a plusieurs avantages : il me permet de comprendre le fonctionnement d’une boîte de production et d’être au cœur de la machine. J’ai en effet pu assister au visionnage des documentaires semaine après semaine, dans la salle de montage, avec les responsables de l’émission. J’ai également compris la nécessité de devoir se plier aux contraintes : rien ne se passe jamais comme prévu, il y a toujours des contretemps, des incompréhensions, des contraintes de diffusion ou de production qu’il faut prendre en compte avec le maximum de souplesse.
Ainsi, j’ai dû moi-même m’adapter. J’aurais aimé faire du journalisme web. J’aurais souhaité pouvoir écrire des articles et valoriser autrement l’émission que sur les réseaux sociaux ou Youtube. Mais le projet transmédia envisagé initialement ne s’est pas concrétisé et je suis le premier à le regretter. Désormais, j’essaie de tirer le maximum de mon expérience. J’ai eu l’opportunité d’assister aux répétitions des primes, de rencontrer les candidats, de tourner des petites vidéos et de prendre des photos à destination du web.
Ce stage ne correspond pas véritablement à mon projet professionnel. Mais étant donné que j’envisage de devenir scénariste, la connaissance du fonctionnement d’une boîte de production et des attentes d’une chaîne de télévision me sera sans doute utile à l’avenir.

Jeanne – Assistante de production, Films d’ici
Dans le milieu du cinéma, j’ai toujours été attirée avant tout par le travail d’écriture et de réalisation, mais faire un stage en production m’a paru un excellent moyen pour rencontrer des auteurs et des réalisateurs et me donner une vision en surplomb de tout le processus de développement d’un film. Je me suis adressée aux Films d’Ici car j’étais très sensible à certaines de leurs productions comme Valse avec Bachir ou les documentaires de Nicolas Philibert (Être et avoir, La maison de la radio...), et j’ai eu la chance d’être retenue.
Ce que j’apprécie dans le travail d’assistante de production, c’est la multiplicité des tâches qui s’offrent à moi. Je suis les avancées d’une dizaine de projets différents : des documentaires, des projets transmédias, des courts et longs métrages de fiction... Avec la directrice de production et différents réalisateurs, je prépare les castings des films et je participe aux essais des comédiens : je donne souvent la réplique, je filme et je donne mon avis pendant le débriefing sur les différentes performances des acteurs. Par ailleurs, j’accompagne souvent le producteur en réunion avec des auteurs ou des directeurs de production extérieurs. De cette façon, je suis vraiment au cœur des projets, j’apprends quelles stratégies adopter pour rechercher des partenaires financiers, je vois progresser les différentes réécritures des scénarios... On me demande assez fréquemment de réaliser des fiches de critiques sur les nombreux scénarios qui sont proposés aux Films d’Ici.
Bien sûr, qui dit production dit aussi gestion des contrats, des fiches de paie, des demandes de salaires, des notes de frais et autres documents administratifs... Cette partie du travail m’enchante moins, mais me donne une vision très terre-à-terre du métier et m’oblige à être rigoureuse. Enfin je vais bientôt avoir la chance de participer quelques jours au tournage d’un court-métrage de fiction de Nadine Lermite, Post Mortem, qui se déroulera dans une salle d’autopsie...

https://www.actualitte.com/reportages/ecriture-audiovisuelle-polyvalence-et-adaptation-de-mise-pour-les-stagiaires-2187.htm