Ecrire, par Houellebecq

Les personnages

« J’écris par ramifications, sur plusieurs blocs, à la main. Certains blocs contiennent des ajouts pour compléter les chapitres du livre. Parfois, il faut bouger des éléments pour que la construction tienne, rajouter de petits paragraphes temporels. Je me lance dans l’écriture avec pas grand-chose, car au fond, ce qui joue chez moi un rôle dominant et que j’ai du mal à ne pas laisser prendre le dessus, ce sont les personnages. (…) Je ne les contrôle pas très bien. Aucun écrivain ne contrôle vraiment ses personnages. »

L’idéal d’un romancier

« Le romancier idéal n’a pas besoin que tout se rattache à lui. Moi, j’en ai un peu besoin. Pas tant que ça mais un peu quand même. C’est une faiblesse parce que ça me limite. Par exemple, dans La Carte et le Territoire , on trouve un personnage furtif, la troisième fortune mondiale : j’aimerais connaître mieux ces gens. A ce niveau de richesse, tu dois forcément avoir une autre vision du monde. J’aimerais aussi comprendre davantage la vie des SDF. Comme je ne connais pas tout ça, je m’en tiens à des personnages et des situations où je peux projeter un peu de moi. Voilà pourquoi Balzac était meilleur que moi : il ne se limitait pas. »

La place du lecteur

« Finalement, il est plus sain d’écrire comme Dostoïevski ou Victor Hugo, qui font des tartines interminables, qui ne se privent de rien, que d’écrire en se retenant constamment comme Conrad ou Flaubert. (…) La question la plus importante en écriture, c’est le travail supposé du lecteur. Tantôt tu changes de cap brutalement et tu te dis que le lecteur comblera les vides ; tantôt tu l’accompagnes, tu l’enveloppes… Là, j’ai choisi de l’accompagner. Sans raison esthétique, juste pour me prouver que j’étais capable de le faire. »

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Michel Houellebecq  réalisée par Nelly Kaprièlian sur le site des Inrocks :  Houellebecq : “Ce livre sera peut-être mon dernier

Source : http://www.enviedecrire.com/lecriture-selon-michel-houellebecq/