Ecoles d’écriture : une absence en France et en Belgique

Pourtant, avec l’apparition d’Internet, les jeunes n’ont jamais autant écrit. Différemment, bien sûr, sous de nouvelles formes (comme les blogs ) et sur de nouveaux supports, pas toujours dans une syntaxe classique, mais dans ce foisonnement de productions le désir d’écriture est bien là ! L’école seule ne peut y répondre. Même si on peut le regretter , elle est aujourd’hui avant tout un lieu de contention et non d’expression, et un cours de littérature n’a jamais "fait" un écrivain, pas plus qu’un cours de théorie musicale ne "fait" un musicien ou une séance de dramaturgie un acteur. Alors où aller ?

S’ils étaient américains, ces jeunes se rendraient du côté du 826 Valencia, à San Francisco , l’adresse désormais célèbre du lieu créé en 2002 par les écrivains Dave Eggers et Ninive Calegari . Ils accueillent tous les jeunes qui ont une histoire sur le bout de la langue et, forts de ce succès, ont ouvert six nouveaux centres aux Etats-Unis , de Los Angeles à Brooklyn... Un jeune anglais ? Il pousserait la porte du Minsitry of stories, lancé en 2010 par un autre grand écrivain, Nick Hornby , sur le modèle du 826 Valencia. Un jeune français ? Sauf à bénéficier du travail remarquable mené par quelques résistants - dans les écoles, les bibliothèques, autour du Salon de Montreuil ...-, ils restent seuls avec ce désir d’écriture.

Il faut ouvrir des lieux ouverts à tous - afin d’offrir le chaînon manquant entre les jeunes et les auteurs - ; des lieux dédiés à l’écriture sous toutes ses formes, offrant des cours gratuits dispensés par des professionnels réputés de l’écriture, ouvert à toutes les formes afin d’embrasser tout le champ de l’écrit et de s’adresser à chacun.

Et ainsi briser l’idée reçue selon laquelle l’écriture ne s’apprendrait pas. Un préjugé qui revient de manière perverse à réserver l’écriture à une élite. Il est temps de bousculer les habitudes. Pour forger une stratégie d’action à même de démocratiser l’accès à l’écriture - à toutes les écritures - à la langue et à donner aux jeunes de toutes origines culturelles ou sociales les moyens de s’exprimer , d’être écoutés, publiés et lus.

Vivre ne peut se résumer à consommer et produire ... Ce qui fait une société c’est d’abord le lien social , la rencontre avec l’Autre, la découverte, la curiosité, la solidarité, la pratique artistique et culturelle... Dans ce parcours, l’écriture tient une place à part. Elle reste un exercice de liberté. Et d’autonomie.

(c) Philippe Robinet, président des éditions Kero, Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de L’Etudiant, Serge Guérin, président du MOTif