« Culture pour tous ! Culture de tous ? La culture en questions » - Compte-rendu de la journée

La culture c’est comme la confiture… Compte rendu de la journée de formation de Culture et Démocratie sur le thème « Culture pour tous ! Culture de tous ? La culture en questions » qui a eu lieu le 17 avril 2012
"L’animateur, un agitateur de culture  ?
Où est la place des cultures ? La culture de tous ? La culture de chacun ?
Dans ce grand marché, peut-on encore affirmer que la culture est un support d’émancipation sociale, d’affirmation individuelle et de création de liens et de solidarités ?"

Kalame a assisté à cette journée proposée par Culture & Démocratie, Gérard de Sélys, membre de Kalame entre mille facettes, a accepté d’y aller et de nous en faire un compte-rendu, qu’il nous livre ici.

 

C’est avec des mots que nous pensons. Si l’on change les mots avec lesquels nous pensons, nous ne pensons plus de la même manière. Ainsi, « défavorisés » ne veut pas dire la même chose qu’ « exploités ». Un « défavorisé » est un misérable maltraité par le sort ou par lui-même, un exploité est un esclave maltraité par un patron. Or, le système emploie de grands moyens pour nous faire penser, parler et agir comme il l’entend, comme il le veut. C’est ce qu’explique Frank Lepage, ancien directeur au développement culturel au ministère de la Culture de France dans une conférence gesticulée visible sur Youtube [i] . Il révèle, par exemple, que dans les années 60 le mot le plus courant dans les ouvrages de « management » français était « hiérarchie ». Ce mot avait totalement disparu des mêmes ouvrages à la fin des années 80. Et le mot le plus cité à la fin des années 90 était « projet ». Pour lui, la culture est un bon moyen de réduire les inégalités sociales, d’allumer des mèches, de mettre le feu au système dominant. Le monde dominant (politique, médiatique, culturel) parle de « démocratisation culturelle », le monde qui résiste doit penser en terme d’ « éducation populaire ».

 

Il donne une brillante leçon de langue de bois, dans sa conférence, utilisant dix-sept mots valises ou expressions systématiquement utilisés par le monde politique et les médias : habitants, acteurs, diagnostic partagé, interculturel, décentralisation, citoyenneté, proximité, démocratie, lien social, mondialisation, local, partenariat, solidarité, projet, développement, contrat et participation. En écoutant ce qu’il en fait, vous avez l’impression d’entendre les discours politiques ou les journaux parlés radiophoniques d’aujourd’hui. C’est à dire un vide sidérant.

 

Roland De Bodt [ii] , l’autre intervenant (non virtuel, lui) de la journée, fait remarquer que si l’on s’en tient à ce que proclamait Montesquieu « L’amour de la démocratie c’est l’amour de l’égalité » et que l’on constate que la pauvreté, c’est à dire l’inégalité, croit considérablement aujourd’hui, il faut en déduire que la démocratie fout le camp. Un Etat inégalitaire peut-il être considéré comme démocratique ?

 

Si l’on s’en tient à la définition de la culture de Paul Ricœur : « La culture, en tant que création humaine singulière, jour le rôle de nécessaire médiation dans la relation homme-nature et ne peut être comprise que par rapport à la Nature, en fonction du rôle adaptatif particulier qu’elle joue. En accord avec les points de vue de l’anthropologie contemporaine, nous entendons ici la culture comme les modalités collectivement assumées de penser, de sentir et d’agir transmises par la tradition. »

Un Etat inégalitaire sur le plan culturel peut-il être démocratique ? Si Roland De Bodt n’a pas répondu à la question, les participants à cette journée de formation ont manifestement répondu par la négative.

 

A la question de savoir quoi si la culture pour tous est la culture de tous, seul Frank Lepage a répondu clairement : en allumant des mèches, en mettant le feu.

 

G. DE SELYS

 

 

 

 

 
« Culture pour tous ! Culture de tous ? La culture en questions » 

 

« Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels , intellectuels et affectifs , qui caractérisent une société ou un groupe social . Elle englobe, outre les arts et les lettres , les modes de vie , les droits fondamentaux de l’ être humain , les systèmes de valeurs , les traditions et les croyances . » UNESCO

 

 

 

 


[i] http://www.youtube.com/watch?v=oNJo-E4MEk8

[ii] Directeur de recherche à l’Observatoire des politiques culturelles