Considérer les auteurs jeunesse comme de vrais écrivains

"Un secteur dynamique et moderne
Cécile Térouanne, éditrice chez Hachette Romans, a publié le phénomène Twilight. Hormis son succès auprès des lecteurs, la saga a crée des vocations d’écrivains. « Le lectorat de Twilight s’est présenté à nous via les réseaux sociaux et les blogs. Une partie de ces lectrices sont devenues nos auteures, repérées par nos concours. Cela témoigne de la vivacité et de la créativité de cette littérature », estime l’éditrice. Les réseaux sociaux sont ainsi très influents chez les jeunes à partir de 11 ans. Anne-Pascale Serafini, libraire chez L’Arbre à lettres à Paris, évoque quant à elle la surproduction de titres : « Il y a tellement de livres que le choix est de plus en plus difficile pour sélectionner les livres à présenter. Nous sommes obligés de nous caler sur les tendances ». La dématérialisation agrandit encore l’accessibilité des oeuvres : « le numérique présente une certaine liberté. Il favorise notamment la circulation des livres », ajoute Cécile Térouanne.

Personnalité de la littérature jeunesse
Selon Marion Mazauric, éditrice d’Au diable vauvert, « les écrivains contemporains mélangent énormément les styles. Les adolescents sont très sensibles aux souffrances contemporaines, comme les injustices raciales ou sociales. Ils ont une grande conscience de la misère, et ont envie de la réparer. » Leurs goûts présentent donc une certaine maturité. Alors pourquoi ce déni de la profession face au livre jeunesse ? « Le souci est que la littérature pour adolescents est associée à la littérature populaire, que l’on juge mauvaise. Voilà le problème en France : on juge tout le temps », analyse Marion Mazauric. Bibliothécaire à Montreuil, Valérie Beaugier vit au quotidien l’instantanéité de la lecture jeunesse : « Il y a beaucoup de livres du moment qui font le buzz. A côté de cela, nous proposons quelques titres que nous espérons faire durer en bibliothèque. Cela correspond à notre rôle de médiateurs. En effet, nous désirons créer des parcours de lecture. Cela peut passer par Twilight, très visible dans les médias, à des livres moins portés. »

Halte à la distinction romans adolescents-romans adultes
Marion Mazauric estime que la frontière entre romans adolescents et adultes n’existe pas : « Il n’y a pas spécifiquement de littérature pour adolescents. Prenons l’exemple de Neverwhere (ed. J’ai lu, 2001) de Neil Gaiman : ce livre est devenu une référence pour la jeunesse alors qu’il était dit pour adultes. » La situation inverse est tout aussi vraie : « Les romans circulent. Les livres en rayon jeunesse sont régulièrement pris en main par des adultes. Quant aux auteurs jeunesse, tous sont des vrais écrivains. Il n’y a pas de cases à cocher », considère Cécile Térouanne. Le positionnement est souvent perçu comme réducteur, pour les lecteurs comme les auteurs. Les étiquettes ne rendent pas toujours justice aux textes. Cependant, Anne-Pascale Serafini tempère : « Les adolescents ont besoin de s’identifier, d’où la nécessité de positionner les livres en rayons. » "

Source : http://www.enviedecrire.com/considerer-les-auteurs-jeunesse-comme-de-vrais-ecrivains/