Conseils d’écriture de P.D. James

Pourquoi avez-vous choisi le polar ?
Je ne fais aucune distinction entre la littérature dite sérieuse et le polar. J’aime la fiction structurée, avec un début, un milieu et une fin. Le polar a ce rythme narratif, cette construction dynamique. Et je me suis dit qu’écrire un polar serait un très bon entraînement pour un roman « sérieux » car il est très facile de produire un roman policier misérable, et difficile d’en créer un valable. La création d’un puzzle, d’une atmosphère, de personnages m’a parue très attirante. Après le succès de mon premier roman, j’ai compris qu’il était possible d’être un véritable auteur tout en restant dans les conventions du genre. Le polar dit la vérité sur les gens et la société, en plus d’être une forme cérébrale de littérature. En effet, vous devez être logique, et connaître chaque détail de votre dénouement avant de commencer.

Le carnet est-il primordial pour les écrivains ?
Il ne faut jamais se déplacer sans lui ! Qui sait, vous pourriez voir le visage exact de votre prochain personnage, l’endroit précis où il évoluera. J’ai toujours un carnet avec moi pour coucher par écrit des descriptions, des impressions, des conversations. J’ai utilisé quinze carnets pour écrire Par action et par omission (ed. Le Livre de Poche).

Comment devient-on une bonne plume ?
Pour bien écrire, il faut lire beaucoup. Etudiez la manière dont les bons auteurs obtiennent le succès, mais ne les copiez pas. Et surtout, écrivez ! On apprend en pratiquant, pas en rêvassant devant sa page blanche. Qu’importe que vous écriviez une nouvelle, un début de roman, un article pour le magazine local. Vous devez tout faire pour vous améliorer.

Quel est votre rapport à l’inspiration ?
Je ne la recherche pas. Je n’ai jamais pensé devoir me pencher sur un nouveau roman dès la fin du dernier. J’attends les idées, et ce qu’importe le temps nécessaire. Bien sûr, je garde mon esprit ouvert à l’imagination, mais je ne me précipite pas dans certains lieux avec l’espoir qu’ils m’inspirent. C’est un processus fortuit. Par exemple, Par action et par omission se situe sur la côte est de l’Angleterre, à Norfolk. Lors d’un séjour dans le Suffolk, je me suis retrouvée sur une plage donnant sur la froide et dangereuse Mer du Nord. Puis j’ai tourné la tête et vu une imposante station nucléaire dominant le paysage. J’ai alors décidé que mon prochain livre se situerait sur la côte est de l’Angleterre et évoquerait le nucléaire.

Quel conseil donneriez-vous à un aspirant écrivain ?
Écrivez sur ce que vous savez. Vous pouvez emmagasiner beaucoup d’expériences ; rien ne se perd chez un écrivain. Apprenez à vous détacher de votre personne. Que vos expériences soient douloureuses ou heureuses, vous pourrez les utiliser un jour ou l’autre. Vous devez également écrire ce que vous voulez, car votre sincérité sera perçue par les lecteurs. N’oubliez pas qu’une personne douée avec les mots trouvera un éditeur. Après tout, nous vieillissons et mourrons : le livre a besoin de successeurs.
(Sources : The Paris Review, BBC, http://www.enviedecrire.com/les-secrets-decrivain-de-p-d-james/)