Antoine Wauters à Bertrix le 13/11/2010

Le livre "La Bouche en quatre"

« frotte les sons comme pierres, papilles comme épis de blé, passe la langue sur les coraux de coeur, l’airelle au goût de rien, frôle-la de vents d’eau, de paroles en l’air et de la fleur aux pieds, s’empalent les mots de peu, trébuchent les virgules, tu écris tête ailleurs, ton corps manque à l’appel. »

« touche, touche l’inule aunée, l’élancée, bois-la à la racine, à l’arrache, à la santé fragile, aux Hélène envolées, à l’enfant qui n’est plus mais fut de feu vibrant, aux langues qui nous rompent, tout ce qui mord en douce »

Argumentaire

Antoine Wauters aime user de l’ambigüité des sens pour donner à voir les fruits de sa recherche sur la pensée. Par-delà la confusion générée par les questionnements et les incertitudes, s’exprime avec virtuosité un poète qui se collète élégamment avec la Langue.

 

L’auteur

Né en 1981, Antoine Wauters vit à Liège.
Auteur de deux recueils, Os (Tétras-Lyre) et Debout sur la langue (Maelström), il anime la revue Langue vive avec Ben Arès et David Besschops. Licencié en philosophie, il enseigne par intermittences. Il a remporté « Pyramides 2008 », concours poétique biennal en Communauté Wallonie-Bruxelles.

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J’écris R.B.
Je cherche le lieu des lèvres.
Je cherche le lieu d’une déchirure par où s’abolit
la prédation.
Je cherche te prend, le lieu de te prend.
Son lieu amoureux.

 

J’écris R.B. pour que crève le langage.
Et qu’en lui s’ouvre la blessure.
J’écris R.B. pour que s’ouvre la blessure
en toute chose.

 

J’écris R.B.
Je cherche l’inintelligible, la part amoureuse.
L’insolence des sèves.

 

J’écris R.B.
J’en mange la lumière et aussi la nuit.

 

Du lieu d’une grande fatigue, du lieu de la nuit
dans la nuit du corps : R.B.
R.B. pour la part amoureuse entrevue l’autre jour.
Pour sa blessure.
R.B. pour que s’ouvre le col de la blessure. Et
qu’y passe le corps tout entier.
Et toute chose.
Qu’y passent le laurier-rose et la table. Et les livres,
le visage de pierre et la tasse rouge
avec la petite cuillère.
Et R.B. pour qu’y passe encore le langage. Et toute
la lumière du jour.
R.B. pour tout ça.
R.B. pour mettre au monde.

 

J’écris R.B.
J’écris la nuit au bout des doigts.
J’écris un rose. J’en écris la mémoire.
Ou l’oubli.
J’écris un lieu de la mémoire et de l’oubli confondus,
un lieu où l’oubli est mémoire.
J’écris R.B.
J’écris la mémoire et l’oubli la mémoire l’oubli.
J’écris la nuit d’un peu de rose.
Et la fraîcheur de ce rose sur les yeux
ouverts aveugles.

 

J’écris R.B. à la pliure de la nuit.
Avec un voile de jour sur les objets. Un voile de jour
très pâle, très blanc sur le laurier-rose
et la table.
J’écris R.B. Je cherche le lieu d’une fracture, d’une
nudité.
Le lieu d’une déchirure qui déjà déchirait l’enfance.
Un manque.
Je cherche ce manque.
Et son abondance aussi.
J’écris R.B.
J’écris l’abondance fragile d’un manque à la pliure
de la nuit. Avec un voile très pâle
et très blanc sur les objets.

Véronique Daine
Extrait de R.B ., Editions L’herbe qui tremble, Paris 2010.


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Véronique Daine est née à Arlon en 1964 et vit à Muno (Belgique). Poète à l’écriture fragmentaire, incisive, elle a publié plusieurs recueils : Infirme est le nom , L’Arbre à paroles, 2003 ; On parlera dans le vide , L’Arbre à paroles, 2004 ; Glaires , L’Arbre à paroles, 2005 ; Fin des révoltes et commencement des lettres , L’Arbre à paroles, 2006 ; R.B. , L’Herbe qui tremble, 2010.